Seize jours après la sortie de Room 12, la chanteuse italo-américaine LP montait sur la scène de la Place Bell avec un répertoire particulièrement généreux : 27 interprétations en plus de deux heures ! Une grande soirée qui permet de mesurer à la fois la place qu’occupe déjà le nouvel album et celle, toujours immense, de Lost on You, qui célèbre cette année son dixième anniversaire.
Mais avant les albums, il y a LP. Laura Pergolizzi.
Une voix impossible à confondre

Dès les premières notes, sa voix rappelle pourquoi elle demeure aussi singulière. Une tessiture impressionnante, des graves profonds qui peuvent soudainement grimper vers des aigus puissants, et ce timbre immédiatement reconnaissable qui ne ressemble véritablement qu’à elle.
LP n’a d’ailleurs pas besoin d’une production extravagante pour capter l’attention. Elle passe de la guitare au ukulélé, à l’harmonica, au tambourin, tout en conservant cette présence un peu bohème, un peu espiègle qui lui est propre. Elle bouge, plaisante avec le public, rit beaucoup et semble avoir franchement du plaisir à être là.
Et puis elle siffle.
Chaque fois, la salle réagit. Quelques notes suffisent pour déclencher les applaudissements. Ce sifflement devenu aussi identifiable que sa voix est l’un des petits plaisirs récurrents du spectacle : une signature qui constitue un instrument supplémentaire dans son arsenal.
Deux albums, une soirée
Dans le désordre, LP interprétera dix des onze titres de son nouvel opus Room 12, seules The one that you love (Churches, 2021) et One like you (Love lines, 2023) ont fait leur place parmi toutes les nouveautés de ce premier bloc.
Après Room 12, LP offre quelque chose d’assez exceptionnel : les 13 chansons de Lost on You, tel qu’elles apparaissent sur l’album.
Dix ans après sa sortie, le disque est manifestement toujours profondément ancré dans la mémoire de ses admirateurs. Cette présence de l’album prend d’autant plus de sens que cette dernière décennie d’existence est actuellement soulignée par une édition deluxe élargie à paraître en octobre, en format vinyle, cd et numérique. Celle-ci offre notamment des interprétations Live at Harvard and Stone ainsi que plusieurs remixes de Lost on You, par Swanky Tunes, Deepend et Tasos Pilarinos et autres.
De quoi prolonger encore la vie d’un album qui a profondément changé la trajectoire de LP.

Room 12, déjà adopté
Le plus étonnant demeure peut-être la rapidité avec laquelle le nouveau matériel s’est installé dans la salle. Oui, quatre chansons avaient été dévoilées avant la sortie de l’album : Shelly, Love Is All I Have, Best In Life et Mi Corazón. Mais les spectateurs connaissaient déjà aussi les paroles et les rythmes de tous les autres titres, à peine deux semaines après la sortie du disque. Sur Don’t Stop, notamment, le clapping est déjà parfaitement en place. Le phénomène est assez révélateur : Room 12 n’est déjà plus seulement le nouvel album de LP. Il commence à devenir son répertoire.
Écouté dans son ensemble, Room 12 donne aussi une autre perspective au titre de la tournée, All Is Not Lost. Les chansons parlent de désir, d’attachement, de perte, de ruptures, mais aussi de secondes chances et de mouvement vers l’avant. Chasing & Waiting oppose l’attente à l’élan; Thirty 2nd Chances regarde les possibilités qui peuvent naître de ce qui a été vécu; Amnesia et Love Is All I Have reviennent sur ce qui demeure après une relation; Best In Life ouvre davantage vers l’affirmation de soi.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un album consacré à la douleur de l’absence, mais plutôt d’un disque qui s’intéresse à ce qu’on fait de ce qui a été perdu. Une chanson peut devenir un souvenir, une rupture une leçon, une erreur une nouvelle possibilité.
Une idée qui fait curieusement écho à Lost on You.
LP prend toute la place
Dans une configuration demi-jauge, la Place Bell accueillait un peu plus de 2000 fans vendredi soir, ce qui offrait une proximité intéressante avec l’artiste, mais les musiciens installés sur une plateforme reculée semblaient bien loin dans une scénographie relativement dépouillée. Les éclairages contribuaient à rendre le tout plus vivant, bien qu’LP se soit donné toute entière à cette grande scène. Extrêmement expressive, son visage, ses gestes, ses déplacements et ses réactions font partie intégrante de ce qui se passe sur scène.
Et puis, One Last Time
Pour le rappel à Laval, LP a choisi le titre tout indiqué One Last Time, parfaitement livré. Sa voix résonne, en acoustique, puis la batterie fait son entrée. Les couplets/ refrains se succèdent avant d’arriver aux fameux « la-la-la-la ».
Sauf que cette fois, le moment s’étire.
Lentement, puis de plus en plus rapidement, LP reprend le motif et la Place Bell lui répond. Elle rit, rebondit, fait circuler le rythme avec ses bras et laisse le public devenir partie prenante de la finale. La chanson initialement d’à peine trois minutes dépasse ainsi les cinq minutes, jusqu’au dernier refrain. « Forever is mine with you ».
Une ritournelle qui reste longtemps en tête après la fin du spectacle. Et peut-être est-ce là la plus belle façon de quitter une salle : avec une chanson qu’on n’était pas tout à fait prêt à laisser partir.
Et le titre de la tournée prend alors une résonance particulière : All Is Not Lost.
À Laval, certainement pas.
Voyez quelques moments forts du spectacle ici.
Photo : 📸 @shevakafai
































































