La représentation de Turandot hier après-midi s’est avérée être une expérience marquante. Dans une salle comble à l’atmosphère électrique, la vision de Francis Choinière a magnifié le chef-d’œuvre de Puccini. Sa mise en scène a recréé avec brio l’esthétique onirique et la tension redoutable de la Chine impériale.
Une direction et une interprétation magistrales
Sous la baguette inspirée de Francis Choinière, l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes a fait ressortir toute la richesse de la partition. La précision de l’ensemble était remarquable, soutenue par la pureté des voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal.
La distribution en un coup d’œil :
-
Marcy Stonikas (Turandot) : Une présence glaciale doublée d’une puissance vocale impériale.
-
Andrew Haji (Calaf) : A conquis la salle ; son « Nessun dorma » a suscité une ovation immédiate.
-
Sydney Baedke (Liù) : Bouleversante de fragilité et d’émotion.
-
Le trio Ping, Pang, Pong : (Rogers, Champagne, Britten) a insufflé un dynamisme essentiel à l’intrigue.
-
Noblesse des seconds rôles : Soulignons les performances de Colin Ramsey (Timur), John Mac Master (L’empereur) et Matthew Li (Le Mandarin).
Puccini : Le génie au crépuscule de sa vie
Giacomo Puccini, le maître incontesté du vérisme, considérait Turandot comme son projet le plus ambitieux. À cette époque, il cherchait à renouveler son langage musical en intégrant des harmonies plus modernes et des sonorités exotiques, utilisant notamment de véritables mélodies chinoises et des percussions inhabituelles comme les gongs.
Malheureusement, Puccini est décédé à Bruxelles en 1924 des suites d’un cancer de la gorge, laissant l’acte III inachevé. C’est à partir de ses esquisses que son élève, Franco Alfano, a composé la conclusion que nous connaissons aujourd’hui.
L’énigme du silence à la Scala
L’histoire de cet opéra est marquée par un moment de légende : lors de la première à la Scala de Milan en 1926, le chef d’orchestre Arturo Toscanini a brusquement arrêté la musique au milieu du troisième acte, juste après la mort de Liù. Il s’est tourné vers le public et a déclaré : « C’est ici que s’arrête l’œuvre du Maître. Il est mort à ce point précis ». Le rideau est descendu dans un silence total, rendant un hommage ultime au compositeur.
Cette matinée de pur lyrisme nous a rappelé pourquoi, malgré son destin inachevé, Turandot demeure l’un des piliers les plus puissants et les plus aimés du répertoire mondial. Une réussite totale !
Programmation : Place des Arts
Photo : Tam photgraphy


























































