Son talent a rempli tout l’espace de cette petite église du boulevard Gouin Est. Elle a raison, en fin de spectacle, lorsqu’elle nous dit qu’on se présente au rendez-vous avec une attitude un peu perplexe. Après tout, elle s’attaque au répertoire de l’icône sacrée et intouchable des Québécois. Va-t-elle réussir à nous convaincre ?
Elle se présente sur scène seule avec sa complice des 10 dernières années au piano, Lucie Cauchon. Cette musicienne de grand talent a concocté des arrangements qui la soutiennent à merveille, en plus de l’accompagner dans « Ça pleure aussi un homme » avec des harmonisations et une voix très juste. L’avantage d’un spectacle intime avec un seul pianiste est que chaque chanson, chaque parole prend tout son sens. Il n’y a rien pour nous distraire de l’essentiel.
Retournons un peu en arrière : dans les années ‘80, Nana Mouskouri m’avait confié en entrevue : « Je ne sais pas ce qu’il y a dans l’eau du Québec, mais vous avez, au prorata, le plus grand nombre de voix exceptionnelles de la francophonie. » En 2026, on peut rajouter à cette liste la voix de Julie Massicotte.
À ses débuts, elle s’est illustrée dans les concours de chant, remportant Cégep en spectacle, puis se classant deuxième au Festival international de la chanson de Granby, juste derrière Isabelle Boulay. Son passage à La Voix en 2013 a propulsé sa carrière : elle a atteint les demi-finales et remporté le prix du public au sein de l’équipe de Jean-Pierre Ferland.
Le passage à vide qu’elle a vécu après la compétition a été difficile. Le métier ne se pratique plus de la même façon et la reconnaissance est moins évidente à obtenir. Mais aujourd’hui, c’est avec le spectacle Hommage à Ginette Reno qu’elle va à la rencontre de son public et qu’elle brille de tout son être.
Maintenant, comment se détache-t-on en spectacle d’un monument comme Ginette Reno et comment réussir à nous convaincre qu’elle peut la transcender ? En s’appropriant chacune des chansons, en les faisant siennes, en s’appropriant les rythmes, les phrasés, et surtout en nous enveloppant l’âme et le cœur avec une voix sans faille, qui atteint les notes les plus exigeantes avec ce qui semble être une facilité déconcertante.
Julie Massicotte n’a rien d’une imitatrice, mais elle s’approche étonnamment de la personnalité et du talent de Ginette Reno. En plus, elle a ce don pour connecter avec le public. Elle m’a presque fait croire que « Les croissants de soleil » était en fait une chanson grivoise. Je vous laisse imaginer de quelle façon. Il faudra la voir en spectacle pour peut-être connaître la réponse. Elle peut donc être amusante et aussi très profonde. Elle a dédié « Un peu plus haut, un peu plus loin » à son frère, qui s’est enlevé la vie il y a un an.
Le répertoire qu’elle a choisi est composé de chansons légères et plus graves, qu’elle livre avec une personnalité qui lui est propre. Mais on est surpris d’observer qu’elle a la même fibre que la grande Reno. Après « Je ne suis qu’une chanson », qu’elle interprète en marchant vers la sortie de l’église, on ne peut faire autrement que de constater que la voix de Julie Massicotte est un diamant d’une pureté absolue.
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