Pour ouvrir sa saison avec éclat, Tangente présente un double plateau à l’Édifice Wilder (Espace Orange), invitant le public à plonger au cœur de créations aussi audacieuses que viscérales. En première partie, Howa walla heya d’aujourd’hui incarne une véritable renaissance.

Sublimement interprété par Achraf El Abed, Howa walla heya d’aujourd’hui incarne une véritable renaissance. Pris entre son pays d’origine, la Tunisie, et la terre de l’exil, l’artiste voit son identité se déliter pour endosser une forme inédite.
N’appartenant tout à fait ni à ici ni à là-bas, il apprend à habiter l’entre-deux, entre elle et lui, pour transformer l’absence en présence et le mouvement en un nouveau point d’ancrage.
Ce solo explore la وجيعة (wajiha), une douleur profonde et multidimensionnelle : celle de quitter son pays et de se redécouvrir après une rupture et par-delà la distance. À travers le corps, Howa walla heya façonne des identités fragmentées en un alliage de vulnérabilité et de résilience, d’héritage et de réinvention, de masculin et de féminin. La danse devient un acte de guérison où la chair porte tous les paradoxes.
Le titre de sa chorégraphie signifie « Lui ou Elle », le masculin ou le féminin, être homme ou femme. Marquée par de magnifiques changements de costumes, cette pièce est une véritable force brute et une expérience sensorielle immersive où la danse et la puissance du geste déploient toute leur énergie.
Le spectacle réserve même un moment complice inoubliable où certains membres du public ont la chance de participer en mangeant le couscous ! Porté par une technique irréprochable et une passion incandescente, Achraf El Abed insuffle à sa danse une intensité rare. Allez voir ça, c’est à ne surtout pas manquer !
Danseur, chorégraphe et interprète d’origine tunisienne, Achraf El Abed ancre sa démarche artistique au carrefour des identités, des cultures et des genres.
Formé à l’art chorégraphique et habité par un désir viscéral de repousser les frontières du intime et du politique, il explore à travers son travail la complexité de l’exil, la mémoire corporelle et la déconstruction des tabous. Ses créations se distinguent par une physicalité engagée, un dialogue vibrant entre traditions du Maghreb et danse contemporaine.

En seconde partie, la soirée se prolonge avec la performance Capital Erotica de Kaia Portner, dont l’univers chorégraphique vient compléter ce double plateau avec une singularité. Une proposition artistique qui prolonge l’exploration des corps et des mémoires sur le plateau de l’Espace Orange.
Cela se voit dès le début, lorsque la danseuse, vêtue de peu, bouge dans un espace restreint.. Ancré dans les réalités de la vie nocturne montréalaise, façonné par des archéotypes historiques, le cabaret et la cabine de DJ, ce solo interroge les répercussions personnelles et prospectives du métier de showgirl.
Une troupe de jeunes femmes fait ensuite son entrée, elles aussi vêtues de peu, évoquant le « monde de la nuit » sous les applaudissements d’un public qui semble approuver le spectacle.
Capital Erotica prend alors une autre tournure. Après un moment, ces interprètes quittent la scène pour laisser place à une dernière partie. Portner y est rejointe par une sorte de guide-accompagnatrice pour un segment final. Dans cette finale, on voit Portner en poupée mannequin, et c’est à travers ses poses qu’elle trouve la force de s’extraire du cliché qu’elle incarnait.
Basée à Montréal, Kaia Portner est une danseuse, chorégraphe et showgirl dont la démarche tisse des ponts entre la danse contemporaine, le burlesque et la culture de la vie nocturne. Elle est titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts (BFA) en danse contemporaine et en chorégraphie de l’Université Concordia.
Bref, un double plateau tout en contrastes dans lequel Tangente nous invite à découvrir deux mondes!
Détails : https://tangentedanse.ca/en/event/achraf-el-abed-kaia-portner/
































































