Hier soir, la Cinquième salle a présenté le spectacle marquant Mémoires et envols, sous le thème des mémoires et des voyages intérieurs, avec trois pièces courtes et percutantes qui ont su capter l’attention d’un public visiblement conquis par la richesse et la diversité des propositions chorégraphiques offertes.
La soirée s’est ouverte avec Fe de la compagnie El Gao. Entouré de quatre interprètes d’origine cubaine, Niosbel Gonzalez, Mariem Valdés, Erismel Mejías et Gabriela Herrera, le collectif nous a plongés dans une exploration viscérale et bouleversante des émotions humaines et des traumatismes.
En fusionnant avec brio la danse contemporaine, le folklore afro-cubain et la rigueur du ballet classique, la troupe a transformé la scène en un véritable espace de résilience, où chaque geste portait le poids et la force d’une transformation sociale nécessaire.
Les corps, tantôt tendus, tantôt abandonnés, racontaient une histoire faite de blessures et de renaissances, dans une esthétique où le folklore cubain venait ancrer le propos dans une mémoire culturelle vivante et incarnée.
L’immersion s’est poursuivie avec le solo Projet Pilote de Meggie Cloutier-Hamel. À la fois incarnée, poétique et vibrante, cette pièce a magistralement exploré le symbolisme des avions en papier comme métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte.
Par une manipulation subtile de ces objets, oscillant entre équilibre, envol, chute et relance, la chorégraphe a bâti une écriture corporelle d’une grande finesse, témoignant de tout son talent issu de sa double formation à l’École supérieure de ballet du Québec et à l’École de danse contemporaine de Montréal.
On sentait dans chaque mouvement une tentative de retenir quelque chose d’insaisissable, cette légèreté propre à l’enfance qui s’échappe inévitablement à mesure que le corps et l’esprit mûrissent. Le rapport à l’objet, aussi ludique que mélancolique, donnait à la pièce une profondeur inattendue, entre nostalgie douce et lucidité assumée.
Enfin, Janelle Hacault a présenté Kapwa. Née d’un voyage sur la terre de ses ancêtres aux Philippines, cette pièce explore l’identité, la féminité et le concept du « Kapwa », qui représente la profonde connexion entre tous les êtres humains.
À travers une gestuelle empreinte de spiritualité et d’introspection, la chorégraphe tisse un pont entre son histoire personnelle et une réflexion universelle sur l’appartenance et l’héritage.
La pièce se distinguait par sa capacité à faire cohabiter l’intime et le collectif, rappelant que les mémoires individuelles s’inscrivent toujours dans des trames plus larges, faites de migrations, de racines et de transmissions.
Une belle soirée pleine d’émotion et de diversité artistique, où les trois créatrices ont su, chacune à leur manière, faire dialoguer le corps et la mémoire.
Du 9 au 19 septembre, la 24e édition du Festival Quartiers Danses (FQD) investit les salles et les espaces publics montréalais, s’affirmant plus que jamais comme un carrefour incontournable pour la danse contemporaine d’ici et d’ailleurs.
Au-delà de sa programmation foisonnante réunissant une trentaine d’artistes, cette édition marque un tournant historique avec le départ de son fondateur, Rafik Hubert Sabbagh. Après un quart de siècle passé à bâtir un événement d’envergure internationale, à démocratiser l’art chorégraphique et à insuffler un esprit cosmopolite à la métropole, ce pionnier passe officiellement le flambeau à un comité artistique collégial composé de Kyra Jean Green, Charles Brécard et Pauline Gervais.
La transition s’annonce prometteuse, portée par une équipe déjà bien ancrée dans l’écosystème du festival et animée d’une vision collective pour poursuivre l’œuvre entamée.
La sélection de ce récent festival de danse impressionne par sa grande qualité de curation, offrant au public montréalais un accès privilégié à des voix chorégraphiques diverses et audacieuses. Merci Festival Quartiers Danses!
































































