Dans un paysage culturel souvent poli par les conventions, Tsishow débarque comme un pavé dans la vitrine de nos certitudes. À la croisée du théâtre, des arts visuels et de la vidéo, cette œuvre hybride s’impose comme une insurrection ludique menée par Xavier Goulet et Benjamin Therrien. En s’appropriant l’esthétique du « patenteux », cet art typiquement québécois de réparer le monde avec de la broche et de l’imagination, les créateurs de Tsishow déconstruisent nos mythes collectifs à travers une mise en scène vive. Leur dramaturgie, calquée sur le rythme fragmenté et absurde de TikTok, nous fait naviguer des « personnages-visuels » en quête de sens dans un siècle qui semble avoir perdu sa boussole.
La force de cette proposition réside dans son honnêteté brutale, nous jetant à la figure un « ramassis de choses vraies dans un monde faux ». C’est une célébration du ti-monde, de ceux qui ne rentrent pas dans les cases, transformant nos solitudes respectives en un point de rencontre collectif. « Qu’est-ce qui reste malgré nous quand on change toutes les règles ? » Cette question, qui traverse la performance, trouve sa réponse dans l’amitié et la liberté créative. Pour les performeurs, le constat est clair : l’art n’est pas un objet de consommation, mais une manière de choisir comment l’on veut exister.
Ce manifeste plonge ses racines dans le Ti-Pop, mouvement né à la fin des années 1960 sous l’impulsion de Pierre Théberge et Pierre Maheu. En récupérant des symboles comme la bière Labatt 50, le Kik aux fraises ou les clowns de Muriel Millard, le Ti-Pop visait une forme de « désaliénation ».

Comme le souligne l’historien Jonathan Livernois, il s’agissait de reconnaître nos traditions populaires pour mieux les dépasser. En revendiquant ce « On est ti-pop, qu’on le veuille ou non », l’installation transforme l’esthétique du passé en levier pour « rapiécer » notre identité actuelle plutôt que d’y chercher un simple refuge nostalgique.
L’originalité de l’expérience se poursuit bien après les applaudissements : une fois le spectacle terminé, le plateau devient une exposition conviviale où le public est invité à habiter le décor.
Cette proximité rare souligne le travail de l’équipe de création portée par Xavier Goulet et Benjamin Therrien. Sur scène, ils sont rejoints par Florence Lacombe-Soucy, Marilou Leblanc et Victoria Leblanc. Ce quintette insuffle une humanité palpable à cette quête identitaire, faisant du plateau un véritable laboratoire de liberté. Tsishow est un cri du cœur nécessaire, un joyeux bordel qui nous rappelle que, même si nous sommes un peu perdus, nous le sommes ensemble.
La Chapelle jusqu’au 1er mai
https://www.lachapelle.org/fr/spectacles/tsishow
Photos : Charles-Antoine Marcotte



























































