Le très beau programme présenté à la salle Bourgie par le jeune chef Nicolas Ellis, souriant d’entregent, et ses 21 musiciens aguéris des Violons du Roy, offrait pour invité le violoniste soliste Kerson Leong et le pianiste Suren Barry. Tous ont reçu un méritoire accueil triomphal.
Nouvelle oeuvre chatoyante de Dompierre
La beauté principale du concert étrennait une oeuvre concertante pour violon en trois mouvements de François Dompierre. Remplie de clins d’oeils félins, imprégnés d’un langage musical fourbu à son style imaginatif, on y a reconnu son enjouement naturel de compositeur québécois bon vivant.
Il est d’ailleurs monté sur scène recevoir les vivats de la foule plus qu’enchantée de cette première audition.
Un Kerson Leong raffiné
Élégant, respectueux, éloquent, Kerson Leong a donc offert cette triple métamorphose de chat botté, chat persan et de Matou, soit la toute nouvelle mouture humoristique créée pour violon et orchestre par Dompierre.
Leong y déploya une sensualité exquise sans oublier que le troisième mouvement exigeait du solide pianiste Suren Barry une énergie structurante tout aussi déterminante.
Le généreux Groupe Canimex
Le rappel offert par Kerson Leong fut un méditatif soliloque du grand Italien Marcello survenu après que le soliste nous ait rappelé combien l’ensemble orchestral bénéficie du généreux apport en instruments rarissimes de luthiers italiens (pour la plupart et aussi de précieux archets européens du Grand Siècle) que le groupe Canimex offre ou prête à pas moins de neuf musiciens choyés de cet ensemble.
Le principal mécène du groupe Canimex, monsieur Roger Dubois, était d’ailleurs présent au balcon de la salle en ce concert enregistré et qui sera rediffusé sous peu par la chaîne Medici.
Les flamboyants vitraux de la salle
Il y a à parler encore de ces vitraux Tiffany de la salle, à la lumière tardive fort érubescente au printemps, de laquelle le brillant soleil transparaît en les incendiant de traits similaires à des crépuscules boréals. On en oublie leurs légendes chrétiennes pour adorer leurs teintes et coloris émouvants.
C’est un ajout visuel précieux en ces moments musicaux de sublime recueillement pour l’auditeur mélomane capable de méditer et d’écouter, tel que nous le permettait le Quatuor pour cordes no 12 de Dvorák .
En cette oeuvre (qui me ramena à mes 29 ans — soit presque hier, à Prague, au moment exact de la chute du mur communiste où je les découvris), tous les solistes des quatre pupitres ont brillé de virtuosité et d’entrain dansant et virevoltant (violons, altos, violoncelles, contrebasses).
À tour de rôle, les solistes de ces pupitres ont dialogué et varié leurs réponses en parfaite conformité au texte bien connu, à tout moment livré avec flamboyante passion notamment par la première remarquable violoniste Katya Poplyansky.
Un appel à rajeunir
De belles oeuvres mélodieuses d’Hector Villa-Lobos (1887-1959) et de Jessie Montgomery (1981-) avaient à tour de rôle chacune entamé le programme de chaque première et seconde partie de la soirée fort appréciée du public dont la moyenne d’âge doit approcher, comme moi d’ailleurs, des soixante-dix ans.
L’onguent ou baume parfumé de ce concert Beautés des Amériques, m’aura en réminiscences rajeuni de 41 ans, parole de chat voyageur ayant adoré jusqu’à ronronner la verdoyante Bohème de Dvorák et les collines de la Moravie de Janaćek, et enfin tout le pays de Martinú lui aussi.
LES VIOLONS DU ROY
PROGRAMME dirigé par Nicolas Ellis
H. VILLA-LOBOS
Bachianas brasileiras n° 4
F. DOMPIERRE
Les chats, triptyque (création)
J. MONTGOMERY
Strum pour orchestre à cordes
A. DVOŘÁK
Quatuor n° 12 en fa majeur, op. 96 « Américain » (version pour orch. à cordes)




























































