Une bombe explose aux Oscars alors qu’on rend hommage à l’autrice de Grimblegitch, une série de films culte. Toutes les célébrités d’Hollywood périssent dans cet attentat. Pour boucler le dernier volet de la saga fantastique, les studios font donc appel à trois anciens enfants-stars, maintenant adultes. Telle est la proposition audacieuse de Jon Lachlan Stewart avec sa pièce Le testament des célébrités, présentée au Centre du Théâtre d’aujourd’hui.
Un dépouillement créatif
Dans l’intimité de la petite Salle Jean-Claude-Germain, seuls quelques éléments suffisent à recréer l’envers du décor : des chaises, une plateforme lumineuse et un écran vert. On est bien loin du faste hollywoodien, et c’est là que la magie opère. L’essentiel repose sur le texte cinglant et absurde de l’auteur – véritable satire d’Harry Potter – et la performance brute des interprètes.

L’éclat d’une actrice
La mise en scène épurée d’Olivier Morin, qui signe également la traduction du texte, nous fait passer de la cérémonie des Oscars à l’entrevue médiatique, puis au plateau de tournage où évoluent les personnages, incarnés par Chloé Germentier, Gabriel Favreau et Rebecca Vachon. Tous les acteurs sont d’une grande justesse, mais Rebecca Vachon se démarque. Fabuleuse, elle déploie une gamme d’émotions incroyable dans son rôle d’actrice névrosée carburant aux pilules. Et c’est sans compter son jeu parfois très physique, qui témoigne d’une technique d’une précision impressionnante.


Une satire de l’industrie
Tout comme dans ses autres créations, telles que Madame Catherine ou The Impossible Light, la compagnie théâtrale Surreal SoReal aborde ici des enjeux actuels. En effet, dans Le testament des célébrités, on tire à bout portant sur l’industrie du film américain : marchandisation à outrance avec produits dérivés, suite interminable de 14 films, effacement de soi et omniprésence de l’IA qui remplace l’humain par des doublures numériques.

Le prix de la gloire
En outre, à travers le portrait des protagonistes qui ont grandi trop vite dans un monde d’adultes superficiel, cette œuvre de John Lachlan Stewart explore les traumatismes d’une enfance vécue sous les projecteurs. En effet, on plonge, non sans humour, dans les coulisses d’une industrie qui dévore ses propres enfants avant de passer au suivant. C’est ainsi que la pièce expose les nombreuses répercussions d’une célébrité précoce : sexualité débridée, problèmes de consommation, besoin maladif d’être reconnu et aimé…

Le rire comme façade
Toutefois, si le spectateur rit beaucoup des clichés et des situations absurdes, il peut se sentir dérangé par ses propres éclats de rire face à une telle détresse humaine. Certes, un peu plus de nuances et de profondeur, comme dans la scène finale, bouleversante – n’en disons pas plus! -, aurait sans doute permis de ressentir davantage la vulnérabilité de ces êtres brisés.
En somme, Le testament des célébrités s’apprécie un peu comme un bon film américain : on rit, on est touché… Mais c’est un divertissement qui semble rester à la surface des blessures. Disons qu’il s’agit d’une œuvre qui nous marque sur le coup, avant de nous laisser regagner notre quotidien.






























































