Le rendez-vous était pris ce 28 janvier à 19 h, et la magie a opéré dès le lever de rideau. Dire que c’était « merveilleux » est un euphémisme tant la production a frôlé la perfection. Les planches du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui ont tremblé sous l’intensité de cette œuvre signée Alexandre Dostie. Le cinéaste et poète nous offre une plongée viscérale dans une rage héritée, là où le tragique embrasse le kitsch avec une tendresse déconcertante.
Une esthétique entre trash et sublime
Le spectacle est une véritable claque visuelle. Sous la direction incisive de Sébastien David, la mise en scène ose tout. L’esthétique « Trash-Magnifique » des décors et des costumes transforme un quartier ouvrier de Trois-Rivières en un conte symboliste grandiose. C’est coloré, outrancier, brut, et d’une justesse rare. Chaque détail visuel transcende le réel pour nous transporter dans un univers plus grand que nature.

Des interprétations à fleur de peau
Sur scène, le trio d’interprètes, Noémie O’Farrell, Francis La Haye et Tommy Joubert, est tout simplement sublime. Ils habitent leurs personnages avec une intensité brute ; ils ne jouent pas la colère, ils la transpirent. Noémie O’Farrell (Nono) et ses partenaires campent des êtres n’ayant jamais appris à nommer leur douleur.
À travers la quête absurde de Franky pour son cockatiel Kiki, ils exposent une humanité à vif, naviguant avec brio entre l’humour noir et l’affection tourmentée.
La langue du cœur et des tripes
La force du texte réside dans l’oralité québécoise tranchante de Dostie. C’est notre langue qui claque, qui blesse, mais qui console aussi.
On y découvre que la colère n’est souvent que le masque d’une vulnérabilité immense. Entre les excès assumés et la douceur qui affleure malgré tout, on se reconnaît dans cette cage imaginaire dont Franky et Nono tentent désespérément de s’échapper.

À la seconde où le noir s’est fait, le public a explosé. La réaction de la salle était à l’image du spectacle : passionnée et immédiate. Une ovation debout, longue et chargée d’une émotion palpable, est venue saluer le courage et le talent des artistes.
On sentait que chaque spectateur, encore sous le choc de ce mélange de rire noir et de détresse, avait été touché en plein cœur.
Une soirée merveilleuse où chaque élément a contribué à créer une œuvre nécessaire. « Peut-on retrouver un peu de soi dans la colère d’un homme qui a perdu son oiseau ? » La réponse est OUI. On sort de là avec l’envie de briser nos propres barreaux. Un moment de théâtre suspendu, vibrant et absolument inoubliable.
Photos : Eva Maudet
Kiki et la colère
📅 Du 27 janvier au 14 février
📍 Théâtre d’Aujourd’hui
3900, rue Saint-Denis, Montréal (QC) H2W 2M2
🔗 Infos et billets :
https://theatredaujourdhui.qc.ca/spectacles/kiki-et-la-colere



































































