La Salle Bourgie s’est transformée en une véritable annexe du château de Versailles le temps d’un événement d’une grande distinction. Pour clore sa saison en apothéose, Arion Orchestre Baroque, sous la gouverne de son directeur artistique Mathieu Lussier, a proposé un voyage sonore inoubliable en partenariat avec le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV).

Ce concert, dédié au 300e anniversaire de la mort de Michel-Richard de Lalande, a prouvé que la musique ancienne, lorsqu’elle est servie avec une telle rigueur et une telle passion, possède une vitalité tout à fait contemporaine.
Sous la direction inspirée de Mathieu Lussier, l’ensemble a démontré pourquoi il demeure un pilier incontournable de la scène baroque internationale. Grâce à la recherche artistique rigoureuse de Benoît Dratwicki, conseiller artistique du CMBV, nous assistions à une véritable fresque historique. L’orchestre à jouer des notes et fait danser les instruments. L’énergie rythmique était si communicative qu’on pouvait presque imaginer le jeune Louis XIV se mouvoir avec noblesse entre les pupitres.
Un maître du Grand Siècle sous un nouveau jour
Organiste prodige et compositeur de prédilection du Roi-Soleil, de Lalande occupe une place de choix au panthéon des musiciens du XVIIe siècle. Si sa renommée repose souvent sur la pompe de ses grands motets sacrés, le programme d’hier a brillamment mis en lumière son génie profane.
Le public a pu découvrir la fraîcheur printanière du Ballet de la Jeunesse (1686), une œuvre de jeunesse d’une grande inventivité créée pour les divertissements du Carnaval à Versailles. La délicatesse de la pastorale L’Amour fléchi par la constance (1697) a également charmé l’auditoire par ses lignes vocales d’une grâce infinie, préfigurant avec une avance remarquable toute l’élégance galante du XVIIIe siècle.
Une distribution vocale et une immersion totale
Pour porter ces partitions du « Lully de la maturité », quatre solistes d’exception ont fait rayonner la nef de la Salle Bourgie. Les sopranos Judith van Wanroij et Magali Simard-Galdès ont ébloui par la pureté de leurs timbres et leur agilité, tandis que le ténor Philippe Gagné et le baryton David Witczak ont apporté une profondeur et une noblesse théâtrale saisissantes aux récits.
Un dispositif de projections permettait de suivre les livrets en temps réel, une initiative fort appréciée qui a permis de savourer chaque nuance de la poésie baroque, rendant les intrigues amoureuses et les émotions des personnages d’autant plus accessibles.
La relève et l’engagement pédagogique
Le moment le plus émouvant de la soirée fut sans conteste l’intégration des jeunes voix de l’Arion Académie.
Pour la première fois depuis la création de ce volet mentorat, ces étudiants issus de la relève montréalaise ont rejoint les rangs de l’orchestre pour le programme principal.
En incarnant les rôles secondaires et en enrichissant les chœurs, ils ont apporté une fraîcheur et une ferveur qui témoignent du succès de la mission pédagogique portée par Mathieu Lussier.
Un triomphe pour Mathieu Lussier
Maître d’œuvre de cette réussite, Mathieu Lussier a dirigé avec cette intelligence du texte et cette richesse de couleurs qu’on lui connaît, confirmant son expertise acquise au Domaine Forget et à l’Université de Montréal.
Entre la rigueur documentaire du CMBV et la vitalité organique d’Arion, le public a été transporté hors du temps. C’est par une ovation debout prolongée, empreinte d’une reconnaissance sincère, que les spectateurs ont salué les artistes. Une preuve magistrale que la sensualité et la modernité de de Lalande, 300 ans plus tard, continuent de faire vibrer le cœur de Montréal!
Programme :
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Michel-Richard de Lalande (1657-1726)
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Ballet de la Jeunesse (extraits)
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L’Amour fléchi par la constance (Pastorale)
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Photo en accueil : Joel Peters





























































