La profusion des récitals que moissonne le milieu musical montréalais en fin d’année universitaire est tel qu’il nous force à des condensés du bonheur de vivre dans notre ville mélomane.
La talentueuse guitariste italienne Carlotta Daliah donnait, jeudi soir le 25 avril, devant une salle Bourgie presque comble mais surtout remplie de cette belle lumière crépusculaire de la fin avril, un inoubliable récital intimiste.
Une acoustique idéale
La salle Bourgie qui réunissait tous ces adeptes de la Société de guitare de Montréal, dispose de l’acoustique absolument idéale pour cet instrument à cordes de sonorité tant espagnole et italienne que notre ravissement tient à une caresse qu’accomplit à merveille l’intelligente et sensible soliste Calotta Daliah.
La plupart des oeuvres écrites souvent pour le piano sont habituellement et posément transcrites, choisies et adaptées par l’interprète comme elle nous l’expliqua, le lendemain matin, lors d’une master-class à l’UQAM où on constata qu’elle était prête à manucurer patiemment une élève-guitariste, en montre, pour lui signifier l’importance du soin de la chair et de la forme de l’ongle qui pince, du doigt qui gratte ou tient les cordes de ce bel instrument si portatif qu’en voyage il devient le meilleur des compagnons.
Disque des oeuvres d’Ida Presti
La sagace guitariste et si sémillante Italienne offrait aussi, à l’entracte de son récital, en première mondiale, sur disque compact, l’oeuvre complète de la compositrice et guitariste soliste Ida Presti (1924-1967) sur étiquette D’Addario. En l’acquérant volontiers, je me suis encore enrichi d’un trésor musicologique.

Jan Kraybill, une organiste hors-pair
Plus de 600 personnes se seront rassemblées le lendemain après-midi autour de l’orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique pour entendre une diversité d’oeuvres jouées magistralement par l’Américaine Jan Kraybill, titulaire d’un orgue apparenté au Kansas.
Parlant poliment français à l’auditoire à chacune de ses interventions, elle mit ardemment en valeur les 5 claviers jadis appelés grand-orgue, positif, récit, écho, bombarde (ajoutons encore celui du clavier du pédalier) par lesquels on vit, sur grand écran additionnel, à la fois ses mains, ses pieds bouger, sa personne virevolter et faire vibrer cet immense orgue Casavant.
L’orgue Pierre-Béique est l’invention numéro 3900 de l’illustre Maison d’Orgues, un ensemble (de 109 registres, 83 jeux, 116 rangs et 6489 tuyaux) comprenant tous les instruments et timbres de l’orchestre et plus encore. À lire de Jeanne d’Aigle, Histoire de Casavant frères, Facteurs d’Orgues, Édition d’Aigle, Saint Hyacinthe,1988, 950 pages.
Du Widor, danses, Gospel et du jazz
Une immense variété de styles composait le programme. Je l’ai sentie non pas plus à l’aise mais plus authentiquement américaine dans ce Three Jazz Preludes du contemporain Johannes Mattias Michel, né en 1962, quoique les symphonies de Charles-Marie Widor (184401937) semblent pour elle un jeu d’enfant.
Combien nous sommes gâtés à Montréal de toute cette richesse d’instrumentistes et de répertoires en ces diversités musicales sur lesquelles je pourrais m’étendre en louanges infinies!
Samedi 25 avril, Salle Bourgie
Guitariste Carlotta Daliah
Programme
Deux sonates de Scarlatti K.14 en sol majeur et K.208 en la majeur
Oeuvres de Tágarre, Barrios Mangoré, Paganini, Albéniz, Presti, Turina et Castelnuovo-Tedesco
Dimanche 26 avril, Maison Symphonique
Jan Kraybill, orgue
Œuvres
Jean-Sébastien Bach (attribué à Carl Philipp Emmanuel Bach), Pedal-Exercitium BWV 598 (2 min)
Jean-Sébastien Bach, Prélude et fugue, BWV 532 (10 min)
Gustav Holst, Première suite pour orchestre militaire, op. 28, no 1 : Chaconne (trans. H. G. Ley) (5 min)
Charles Gounod, Marche funèbre d’une marionnette (trans. W. T. Best) (6 min)
Geoffrey Wilcken, The Love Amazing, op. 74, no 1 (7 min)
Libby Larsen, Aspects of Glory : III. Tambourines (4 min)
Charles-Marie Widor, Symphonie pour orgue no6, op. 42 : III. Intermezzo (6 min’)
Entracte (20 min)
Rachel Laurin, Twelve Short Pieces, op. 68 🍁:
IV. Three Short Studies: Monologue (pour pédale solo) (3 min)
V. Three Short Studies: The Flight of the Hummingbird (2 min30 »)
VI. Three Short Studies: The Dialogue of the Mockingbirds (4 min)
Johannes Matthias Michel, Three Jazz Organ Preludes: I. Swing Five « Erhalt uns, Herr » [Garde- nous, Seigneur / Keep us, Lord] (4 min)
Robert Elmore, Rhumba (6 min)
Charles Villiers Stanford, Intermezzo on an Irish Air (« Danny Boy »), op. 189, no 4 (6 min)
Leo Sowerby, Pageant (11 min)



























































