Éric Sabourin, coureur de sprint prolongé champion junior des 400 et 800 m (1978-1979) québécois et vice-champion junior canadien sur 800 m (1979) raconte l’époque des Jeux de Montréal de 1976 de son point de vue d’adepte et d’athlète amateur.
La Presse avait publié, sous sa signature, un double rappel, tout d’abord dimanche le 24 novembre 2002, puis le 3 août 2006 soit un vibrant écho de ce qu’est le sport amateur car le regretté Pierre Foglia, avait osé esquisser, lui seul, un tout autre son de cloche en un éloquent texte ironique intitulé Ils devraient le dire lors des Outgames de l’été 2006 – (pas un mot là-dessus lundi 4 mai dernier. 26 finales de sports à Montréal ont été désormais complètement occultées du souvenir sportif montréalais!)
Je me permets une brève réflexion après la conférence de presse hallucinante de leurres politiques entendus in vivo, le lundi matin 4 mai 2026, au Hall d’entrée du Comité olympique canadien à Montréal.

Je salue de tout coeur qu’on évoque et célèbre ces quinze jours inoubliables, mais l’amateurisme ce n’est pas et ce n’était pas le Canadien de Montréal sur lequel pavoisait Eric Myles!
Mon retour sur 50 ans de post-olympisme vécu comme athlète amateur (un statut incompris de situation financière précaire qu’Antonio Samaranch alors président du CIO a anéantie en 1992) ne correspond pas à ce que j’ai entendu lundi matin.
Nadia, une beauté irremplaçable
Certes, faire venir l’encore très splendide hyper-championne Nadia Comaneci le 30 juillet prochain pourra très bien réjouir les nostalgiques de deux semaines de festivités socialement très coûteuses — au point de rendre exsangues les finances publiques pendant 20 ans— mais que furent vraiment ces années pour les athlètes amateurs québécois dont je fus?
Jusqu’en janvier 1976 où la frayeur sans pareille de voir un stade à ce point encore incomplet absolument pas hors de ses fondations vous serait inimaginable à bien entendre calmement, je courais. Simple adolescent, je suivais les conseils d’entraîneurs français : pour concision, ma vie se résuma à me discipliner d’efforts quotidiens 4 heures par jour.
Dès mes 10 ans d’âge en 1970, année d’obtention des Jeux, je fréquentais la Palestre Nationale (à la fois rue Cherrier et Centre Paul Sauvé coins Beaubien-Pie-IX) où j’obtins une carte de membre privilège du directeur Jean-Claude Fortier : cette faveur me permit de m’y m’entraîner et de découvrir tous ces sports inconnus de nous tous, petits-fils d’hockeyeurs.
Qui se souviendra des messieurs Godbout et Joe Malléjac ? Aucun entraîneur québécois ne connaissait les disciplines de l’athlétisme et je découvris à 14 ans un premier entraîneur d’ici, le Québécois Richard Robillard, professeur d’une polyvalente sise tout au bout de notre île.
Peu d’installations
Nous n’avions que très peu de pistes pour courir l’hiver et, jusqu’en 1976, le voyage au Centre National d’entraînement athlétique (CENA) entre Pointe-aux-Trembles et Ville Saint Laurent, par bus et un métro qui n’allait que jusqu’à la station Frontenac, prenait 2 heures 30 l’aller! (Bus Notre Dame jusqu’au terminal George V, bus 22 Notre Dame jusqu’au métro Papineau, puis métro jusqu’à Berri de Montigny ensuite direction Henri Bourassa, bus 69 jusqu’à Ville saint Laurent. Au retour tout ceci à l’inverse!).
Mon secondaire 4, je le fis délibérément deux fois pour pouvoir m’entraîner sans devoirs, en luxueuse paix académique, car il n’y avait pas de sports-études à ce moment-là.
Dès le début de chaque mois de mai, nous n’avions eu que des gymnases d’école, puis que des pistes en cendré (garnotte) qui existaient au compte-goutte hormis celle en tartan d’Étienne Desmarteaux et, en 1975, une autre construite grâce à un événement d’athlétisme organisé en 1975, la piste du parc Kent recouverte alors en Mondo rubber.
Argent reçu signifiait disqualification
Nous n’avions pas de lien avec le monde sportif professionnel et, entendre les orateurs de ce lundi 4 mai parler du victorieux Canadien de Montréal ayant acquis une victoire à l’arrachée dimanche après 10 vaillants lancers en 60 minutes n’ayant rien à voir avec le souvenir des années Lafleur-Béliveau-Cournoyer dont nous étions fiers, certes une époque où concevoir un but passait par le centre et non les exaspérantes bandes … quel rapport y a t-il avec l’amateurisme olympique d’alors?
En 1976, nous étions des athlètes amateurs et nous n’avions aucunement droit de gagner de l’argent ou d’être commandité.
Claude Ferragne, Marcel Jobin, Claude Montminy
Deux héros ou trois figuraient à notre étendard soit les sujets de nos espoirs. Je les nommerai rapidement car on les a oubliés: le sauteur en hauteur Claude Ferragne qui gagnait habituellement son épreuve aux matchs Canada versus d’autres pays organisés sur une piste posée sur la glace du vieux Forum une fois l’an, en mars habituellement, puis Marcel Jobin à la marche et Claude Montminy sur 100 mètres.
Peu de victorieux
Au dernier jour des Jeux de 1976, le sauteur en hauteur Greg Joy remporta une médaille d’argent: ce fut tout, car seule la piscine avec Nancy Garapick nous avait rapporté passablement.
Nadia Comaneci, bien sûr l’éternelle gymnaste vola la vedette aux Olga Korbut, Nellie Kim et Ludmilla Tourisheva, mais Bruce Jenner marqua déjà les esprits, la nageuse Kornelia Ender fut aussi au devant de scène face à une rancunière Américaine Shirley Babashoff sans doute spoliée. Revient le grand doublé cubain 400-800mètres de Alberto Juantorena, des haltérophiles à la Louis Cyr des pays de l’Est soupçonnés d’être sur stéroïdes flagrants, mais surtout le boycott de l’Afrique nous privant du duel John Walker-Filbert Bayi sur 1500m.
Peu de médailles, un vélodrome débâti
Une fois le maire Drapeau rassasié de vraie gloire malgré tout, il a fallu payer les installations coûteuses dont Nick auf Der Maur dans son ouvrage définitif Le dossier olympique (Éditions Québec-Amérique, 9 juin 1976, 188 pages) dressait les motifs de sage mise sous tutelle gouvernementale d’un projet olympique ambitieux par un très justement inquiet mais courageux Robert Bourassa défiant aussi les syndicats de la construction.

Drogues, fraudes, veuleries
Après la vision vertigineuse des tricheurs aux anabolisants, les malversations des nôtres, les fraudes de nos constructeurs et les vols d’équipement révélés plus tard, mais surtout le manque de vision à utiliser les installations olympiques via des écoles-sport-études pour une équipe de cyclistes olympiques par exemple, et toutes les équipes sportives imaginables dans 56 sports, choses qui eussent dû être naturelles à établir pour le Québec, rien de cela ne se fit malgré nos espoirs de retombées réelles.
On prit 3 ans à imaginer comment déconstruire la piste du vélodrome pour y substituer un Biodôme et celle du stade olympique fut dépecée là où des Expos professionnels chancelaient déjà de leur mort annoncée à l’approche d’une grave crise économique (1980-1985) qui perdura.
Éloquent silence
Enfin, 30 ans après les Jeux de Montréal, malgré des dissensions de commérages lamentables entre les Gay Games et les Outgames, une version participative, inclusive des Jeux de Montréal eut lieu à l’été 2006.
Pas un mot ne fut prononcé lundi sur cet événement coûteux avec cérémonies d’ouverture et fermeture au Stade Olympique où les athlètes accueillis payèrent jadis leur voyage et inscription et ils participaient en pur amateurisme tel que Pierre de Coubertin l’avait imaginé et préconisé autrefois. L’orientation sexuelle effraie encore?
Qu’on ait occulté cela TOTALEMENT — quelque valeur moindre qu’on y attache à ces performances sportives surtout participatives en groupe d’âge jusqu’à 90 ans — oui je le comprends en ce préjugé performatif, mais on peut encore faire du sport à cet âge.
Toute cette flagrante et révélatrice omission (peut-être pas mesquine, seulement inconsciente…) me désole.
Mettre fin au parasitisme bureaucratique?
Cette omission révèle quand même toute la superficialité de nos bureaucrates indéboulonnables et de nos politicien(ne)s de paille sur le chemin, espérons-le, de la porte de sortie…
On me dit que des courses populaires sous le vocable Bouge! Bouge! existeraient dans beaucoup des arrondissements de Montréal. Si c’est le cas, c’est une vraie retombée unie aux manifestations sportives officielles célébrées par la commémoration officielle de 2026.
Exposition à la rotonde du Stade
Dès le 16 mai, une exposition rappelant les Jeux sera offerte au public au stade en sa rotonde, Vaudra t-elle celle, fort complète et franche, du Musée McCord?
P.S. À 66 ans bientôt, je ne m’arrêterai jamais de courir tant que je le pourrai et, avec la musique et les livres et les voyages inspirants, le sport restera pour moi une façon de repousser cet argent ou cette soif de pouvoir obsessif qui a fait viscéralement tricher Ben Johnson jusqu’à Séoul en 1988 parmi bien d’autres hontes d’alors — et depuis lors — mais surtout éloignons-nous de cette soif de pervertir le sport qui nous a fait boycotter les Jeux de Moscou de 1980 et ceux de Los Angeles de 1984. La politique dans le sport c’est du cyanure!
Voici un calendrier simplifié de la programmation du 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal (édition 2026), classé par ordre chronologique pour une meilleure visibilité :
📅 MAI
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À partir du 16 mai : Ouverture de l’Espace 50e (Rotonde du Stade olympique).
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Au programme : Exposition gratuite, boutique souvenir et visites guidées du Stade.
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Date à confirmer (Mai) : Exposition photo gratuite sur la rue Pierre-De Coubertin (collaboration avec Bernard Brault).
📅 JUILLET
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4 juillet : Journée Portes Ouvertes au Bassin olympique (Parc Jean-Drapeau).
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Activités : Initiation aux sports, ponton, trampoline, rencontres d’athlètes.
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Soirée : Spectacles du Urban Science Brass Band et de Qualité Motel.
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5 au 12 juillet : Essais canadiens de natation Bell au Parc olympique.
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7 juillet : Cinéma flottant au Complexe aquatique (Parc Jean-Drapeau).
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Film : Documentaire Parfaites (avec routine de natation artistique).
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9 au 12 juillet : Coupe du monde de canoë de vitesse (FIC 2026) au Bassin olympique.
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21 juillet : Cinéma flottant au Complexe aquatique.
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Film : Les Furies.
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28 juillet : Cinéma flottant au Complexe aquatique.
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Film : Eddie l’aigle (en présence de l’équipe nationale junior de natation artistique).
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📅 AOÛT
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1er août : Grand spectacle commémoratif du 50e (Esplanade du Parc olympique).
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Célébration : 50 ans jour pour jour après la clôture des Jeux de 1976.
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Invités : Nadia Comaneci (hommage), performance de Loud.
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Événement spécial : Rassemblement de toutes les femmes prénommées « Nadia ».
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📅 NOVEMBRE
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5 au 8 novembre : CAMO76 au Complexe sportif Claude-Robillard.
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Activité : Compétition commémorative de natation (jeunes et vétérans).
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🚶 TOUT AU LONG DE L’ÉTÉ (Activités récurrentes)
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Au Parc Jean-Drapeau :
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Passerelle historique : Ligne du temps immersive sur les Jeux et la construction du Bassin (secteur P1).
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Haltes muséales : Contenus historiques ludiques dispersés sur le site.
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La Balade découverte : Parcours avec guide audio immersif sur l’héritage olympique.
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Voyage des îles : Bornes d’interprétation historique aux abords du Bassin.
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À travers la ville :
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Divers projets dans les quartiers portés par le Musée McCord Stewart, Vélo Québec, Gymnix, etc.
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Note : La majorité des activités sont gratuites. Pour l’inscription au rassemblement des « Nadia », visitez
montrealolympique.ca.
























































