Mardi soir 5 mai restera un moment de grandes joies opératiques vécues avec cette autre représentation de l’opéra Carmen (1875) de Georges Bizet à l’Opéra de Montréal.
C’est un opéra tellement populaire qu’on l’a même traduit et rafistolé en version allemande et que de grandes voix comme Christa Ludwig s’y sont plu à jouer le fatalisme franco-espagnol de l’amour taquin le plus sensuel ayant conquis la première place de tout le répertoire avec La Traviata de Verdi.
Tout centré sur le rôle comico-tragique de la belle Carmen captivante capturée dans les filets du pouvoir risqué de la séduction amoureuse, cet opéra éblouit encore malgré les menaçantes promesses du bonheur possessif.
Triomphe de Chaieb
Si sa fin reste peu supportable, cet opéra constitue pour Rihab Chaïeb un authentique triomphe.
Sans contredit, il s’agit d’une autre preuve de son savoir-faire de comédienne envoûtante d’ici, sans oublier les grandes qualités de sa riche voix de mezzo-soprano.
Habanera, Seguidilla, Chanson bohème, Donnez que j’essaie encore, enfin rien ne lui résiste. Elle est chez elle devant son public qui se trouve magnétisé au récit tragique de Carmen quelque humour savoureux ou coquineries qui se mêlent au jeu hasardeux du rejet amoureux.
Entre Berganza et Geraldine Farrar
Tant de grandes voix ont incarné l’héroïne espagnole de Bizet qu’on situe aisément son rendement vocal quelque part entre les grandes voix de Teresa Berganza, Victoria de Los Angeles et, aussi rapprochée, pour d’autres raisons de l’enthousiasite oubliée (quasi Fréhel) que pouvait incarner Geraldine Farrar en 1914 sous Toscanini au Metropolitan Opera de New York.
On en vient au point qu’un enregistrement avec Rihab Chaieb s’impose en tous ces airs célèbres avec un bon orchestre, tel le Métropolitain ici sous la direction du plus en plus solide et étonnant chef Jean-Marie Zeitouni, quoique sans avoir la moindre idée de quand cette nécessité se fera.
Magali Simard-Valdès, promesse remplie!
Nous avions parlé dans nos pages, avec de vastes éloges fort fondés de Magali Simard-Valdès en son magnifique récital inoubliable en une ronde éliminatoire de jadis du Concours musical international de Montréal auteur fréquent, à son insu, de tant d’injustes infortunées éliminations scandaleuses commises par des jurys insensibles au vrai grand talent, soit une année à l’ordre du jour duquel ce fut la voix humaine qui nous enchanta (2018).
Dans le digne rôle de Micaëlla, Magali Simard-Valdès reste éblouissante: c’est le plus pur des ravissements qui nous saisit. On se trouve fort loin de ce qu’on appelle une prise de rôle.
Nos yeux s’écarquillent, notre coeur cesse de battre pour mieux entendre, en absolu silence imperturbable, les perfections de cette voix d’une pureté cristalline inspirante.
Elle égalait largement, mardi soir, à mon avis, la sublime performance enregistrée de Kiri te Kanawa (1976, London OSA 13115 avec Troyanos, Domingo) dans ce célèbre Je dis que rien ne m’épouvante.
Les phrasés de son expressive voix agile qui perle avec un effet sonore scintillant comme brille au soleil le nacre le plus précieux, sa profonde intelligence des voyelles françaises et jusqu’où ses somptueuses harmonies vocales peuvent porter dans l’adéquate salle Wilfrid-Pelletier, tout chez elle nous régale.
Pour tout dire de ce talent, enfin révélé, par de telles confirmations, c’est la promesse d’une immense carrière placée, en toute justice méritoire, devant elle.

Voix masculines solides
La puissante voix d’Arturo Chacon-Cruz offre un Don José de belle circonstance et Stephen Hegedus en Zuniga éblouit sans relâche sans omettre la solide performance de Ethan Vincent en Escamillo.
Les duos nombreux de ces sérénades amoureuses inspirées de l’Opéra comique français bénéficient de beaucoup de la présence de ces belles voix mâles même moins à l’aise avec l’articulation, l’accentuation et la vocalisation françaises.
Autres splendeurs
Emma Fekete (Frasquita) et Tessa Fackelmann (Mercedés) sont splendides à voir et entendre.
Anna Theodosakis signe vraiment une agréable mise en scène en beaux décors.
Des soins particuliers sont apportés aux costumes, au maquillage d’hyperbole espagnole jusqu’aux teintes ocres du décor entourant le rutilant et vaste choeur d’une trentaine de jeunes voix et bien sûr celles des 60 choristes préparés par Claude Webster.
Voilà une production à ne pas manquer, quelque cherté du billet qui puisse étonner, car rien d’éblouissant ne va sans un prix justifiable à payer. Par surcroît, une excellente conférence pré-concert égaye, une heure avant la représentation, le public qui s’y rend de plein gré.
Carmen de BIZET Présenté les 7 et 12 mai à 19 h 30. Le 10 mai à 14 h.
Les billets et dates ici.
ARTISTES
Interprétation
Rihab Chaieb (Carmen), Arturo Chacón-Cruz (Don José), Ethan Vincent (Escamillo), Magali Simard-Galdès (Micaëla), Stephen Hegedus (Zuniga), Dante Mullin Santone (Moralès), Jamal Al Titi (Dancairo), Tessa Fackelmann (Mercédès)
Mise en scène Anna Theodosakis
Chef d’orchestre Jean-Marie Zeitouni
Chœur Chœur de l’Opéra de Montréal
Orchestre Orchestre Métropolitain
Crédit photo: Vivien Gaumand et l’Opéra de Montréal
























































