Accueillis d’avenants mots de bienvenue par cette chaleureuse voix du directeur du Théâtre du Rideau vert Benoit McGinnis, désormais au gouvernail de cette fière institution de la rue Saint-Denis, l’enchantement d’une traditionnelle soirée de théâtre parmi un public invité prédispose, bien entendu, à cette comédie de caractères. Au premier lever de rideau, la vivante mise en scène virevoltera plusieurs fois.
L’enchantement par degrés ascendants
L’adroit metteur en scène Martin Faucher — en voilà un autre sachant fort bien camper ou échafauder déplacements et géométrie spatiale de tous nos compliqués rapports humains : son art se développe en usités décors ceignant ces degrés de situations vertigineuses de sorte qu’on nous expose, à la mesure de notre capacité d’entendement immédiat, l’entortillement des dilemmes et conflits humains abondant dans ce texte.
Rire et sourire mais en réfléchissant
Cette très belle pièce, plus que constamment divertissante, force notre analyse psychologique profonde.
Oui, c’est une comédie, mais comme chez Molière, on en tire des enseignements. Et pas seulement sur le vieil âge ou l’isolement inévitable au bout du sentier ondulant qu’on appelle l’existence, mais on médite sur l’essentiel qui égaie souvent, en apparence.
À y regarder de plus près, nos ultimes actions d’impatience ou de ruse peuvent aussi attrister l’âme sincère d’autrui percevant son image de berné(e), au miroir fatal de la vieillesse esseulée.

Caractères éloquents
Écrite par l’Américain David Lindsay-Abaire, Parachute libre jouit deux heures durant de notre regard constamment captivé par le rendement d’excellentes actrices chevronnées en premiers rôles (soit Muriel Dutil en Myriam et Pierrette Robitaille en Alice).
Il ne faut pas oublier le crucial employé de la maison de retraite, le futé Ismaïl Zourhlal qui nuance par son seul caractère de préposé (soit le valet idéal) les critères du comportement modéré mais sincère lorsqu’on est en présence de personnages à la personnalité si opposée. Geneviève Alarie, Mathieu Gosselin et Éric Robidoux complètent l’agréable distribution lors de tableaux de situations hilarantes.
Belle traduction, action percutante
Traduite dans notre savoureux parler par Maryse Warda, l’action se situe en chambre close partagée avec vue sur jardin, en simple foyer de modestes retraités.
À voyager de par le monde, les euphémismes abondent souvent en appellations éloquentes : en France on parle de Résidence autonomie ici de Maison des aînés ou Foyer de retraités, ailleurs de Hogar de Ancianos ou, chez nos éprouvés et éprouvants voisins du sud, en Nursing Homes.
Rien des conditions d’existence, à part les pilules au petit matin et les repas sans saveur cuisinés par d’autres, mais surtout on assiste au défilé d’indisposantes atmosphères troublantes.
Parachute libre c’est la suite des intempéries de l’humeur aux vents remuants du présent imprévisible, agité, hélas! par notre passé rejaillissant comme la lave d’un volcan mal endormi qu’on avait cru savoir éteindre.
Des moments à la Tremblay
Suivant nos rires spontanés qui fusent sans cesse, il arrive pourtant l’instant d’une visite impromptue pouvant déclencher des scènes déchirantes. Je me suis pris à revivre l’émotion ancienne en moi, en fugitifs moments de telle scène mémorable des autrefois Bonjour là, Bonjour ou d’Albertine en cinq temps.
Se souvenir d’Harold et Maude
Cependant, si je devais un peu mieux circonscrire l’analogie émotionnelle pour ceux et celles qui, jouissant de mon âge cinéphile, pourront se souvenir d’un film hilarant mais fort profond, c’est du film si touchant Harold and Maude que me reviennent les sensations les plus similaires.
Ainsi, cette ultime critique de notre saison théâtrale n’est pas comme les autres qui fusent en sensations de l’esprit et du coeur que je garde attentifs au monde ambiant.
Mon éloge, ici, est vraiment sans réserve : ma description de Parachute libre qui prend l’affiche au Rideau Vert jusqu’au 15 juin paraîtra davantage comme un hommage aux derniers vingt-cinq ans du Rideau Vert et à leur si belle façon de plaire et instruire, en traditionnel savoir-faire, chez nous.
Théâtre du Rideau Vert – détails et billets
MISE EN SCÈNE Martin Faucher
DISTRIBUTION Geneviève Alarie, Martin Girard, Muriel Dutil, David Ospina, Mathieu Gosselin, Éric Robidoux, Julie Perreault, Pierrette Robitaille, Lem Campbell, Ismaïl Zourhlal
Photos : Danny Taillon


























































