Tant de nouvelles en une journée d’ouverture de saison
pour le chef Rafael Payare!
Tout d’abord un programme tout Mahler avec le Choeur de l’OSM dirigé par Andrew Megill alors que l’ensemble fait salle comble à la Maison Symphonique.
Tout juste auparavant l’ADISQ y avait mis le ton, en coeur de journée car l’OSM se lisait en communiqué de nomination pour quatre prix à l’ADISQ dont un majeur pour le meilleur album récent : Album de l’année – Classique Berlioz: Le carnaval romain et Symphonie fantastique!
Un additionnel disque surgit
Une autre nouveauté nous fut révélée sur étiquette Pentatone : un généreux double disque laser offrant un réenregistrement du Sacre du Printemps de Stravinsky précédé de l’entière musique des deux suites de ballet Daphnis et Chloé (46 ans après celui sous Dutoit) cette musique sensationnelle qui fut le plus vendu des grands succès ravéliens de l’OSM.
L’album prend, dès aujourd’hui, le chemin des disquaires via le distributeur que le public espèrera diligent à essaimer à tout vent ce disque s’ajoutant aux 139 autres réalisés par l’OSM.
Prestations vocales
Les prestations vocales du 16 septembre m’ont fait découvrir la contralto Rose Naggar-Tremblay avec la même émotion que celle ressentie lorsque j’écoutai et entendit jadis, pour la première fois, la cantatrice canadienne Maureen Forrester, il y a de ça près de 45 ans, à Toronto, dans le rôle de Blanche de la Force au Canadian Opera Company.

Richesse des textures et harmoniques vocales, une force et vitalité intrinsèques propulsant les suaves projections vocaliques au fil des poésies allemandes en fort belle intelligence du texte: en somme, de la stature, à suivre…
Le ténor Clay Hilley avait une voix retentissante, explosive, parfaitement adaptée à divers moments de son rôle: il nous démontre qu’il est au sommet de son art!
La soprano Miah Persson remplissait les exigences de la commande. Le baryton Mattias Goerne que nous avions recensé avant la pandémie au Festival de Lanaudière (chantant un célébrissime cycle allemand alors dans une église à ample réverbération) complétait le quatuor des chanteurs solistes avec son aura de célébrité.
La cruelle vie de Mahler
Caractère difficile et exigeant, le compositeur Gustav Mahler (1860-1911), né talentueux en rurale Bohème à l’époque de l’Empire austro-hongrois a certes vécu en marginal en pleine fulgurante époque wagnérienne.
Comme directeur d’opéra tant à Budapest qu’à Vienne, il exigeait l’excellence de chacun. Avant l’avènement au zénith de son Chant de la Terre (soit Das Lied von der Erde), pour sa fameuse huitième symphonie, il exigea et obtint de tous les exécutants munichois une trentaine (32!) de répétitions. Impossible d’imaginer telle exigence aujourd’hui.

Dédaigné des plus grands
Mahler s’était endurci du dédain de ses pairs : parvenu au terme de ses études musicales et en concours de composition, il avait été ignoré du grand Brahms présent en sommité sur le jury, comme auparavant il avait été heurté de l’indifférence de Liszt, un tantinet encouragé du mystérieux ou fragile taciturne Bruckner, mais surtout incompris de la haute personnalité musicale influente de l’époque, son ami Hans von Bulow qui n’entendait rien à sa musique.
Debussy sort de salle
Une matinée traumatisante fut celle du 17 avril 1910 alors qu’il dirigeait, à Paris, sa deuxième symphonie: Mahler a dû encaisser l’affront public d’apercevoir le titanesque compositeur Claude Debussy sortir de la salle aux côtés de Paul Dukas et Gabriel Pierné, trois influents compositeurs français, protestant tous du désintérêt de sa musique, au beau milieu du second mouvement.
Le courage de Mahler
Gustav Mahler pouvait courageusement (ou cruellement) dire son fait, à un musicien inapte à rendre ce qu’il imaginait essentiel au programme répété. Maintes fois, un chanteur ou une chanteuse, même célèbre, à la voix manifestement vieillie ou trop négligée, se faisait souligner qu’il n’avait plus sa place sur scène, en pleine répétition devant tous, dans une quelconque production.

Franchise et conflits
Le milieu musical est cruel et le plus vulnérable des instruments de musique reste la voix humaine : ainsi, si telle voix s’était manifestement éteinte du fait de l’âge ou n’avait plus la puissance d’émotion suffisante pour rendre justice à l’oeuvre programmée, Mahler retrancherait l’interprète pour le remplacer sans hésitation.
Le respect-culte du public, à l’époque, permettait cela et les chefs d’orchestre à caractère fort, en abusant, ont parfois dominé le milieu musical dit classique de cette façon jusqu’à tard dans les années 1980.
Au terme de cette gouvernance (Yevgenyi Mravinsky, Toscanini, Fritz Reiner, Koussevitzky et d’autres) cette hauteur d’exigences ne passa plus nulle part et jusqu’à nous elle est désormais disparue. Mahler, mort à peine à 51 ans, était de cette antique mouvance.
Mariage chaotique
Cette franchise de Mahler lui causa de nombreuses inimitiés, mais ce n’était pas un arriviste et son honnêteté sincère ne souffrait aucune compromission pas même de bris de politesse à rendre par convenances.
En plus que les agences d’artistes (plutôt inexistances alors) n’avaient pas tissé les toiles d’araignées actuelles qui étrangleraient d’un trait une telle démarche mettant le bien du public et l’esthétique sacrée de l’oeuvre au premier plan et non l’obéissance aux supposés pouvoirs promus en relations publiques en place.
On se complaît à parler de sa relation constamment difficile avec sa femme Alma Schindler qui avait vingt ans de moins que lui, mais elle choisit héroïquement le sacrifice de sa personne à la renommée de son mari. La vie artistique apparaît complexe depuis toujours.

Soirée lumineuse
Mahler aurait été, il me semble, heureux de la performance de l’OSM mardi soir, de notre jeune chef si dédié, bien entendu, de même que des prouesses du choeur.
Encore, avant-hier matin, en écoutant la quatrième symphonie de Mahler sous le légendaire autoritaire George Szell et l’Orchestre de Cleveland, je me résumais ainsi, par-dessus tout, l’immense bien que nous font tous les vents de l’OSM dans Mahler en parfait écho de cet ensemble situé si près de nous dans l’Ohio.
C’est à ces pupitres orchestraux divers que le souffle des oeuvres de Mahler rayonne d’un tissage mélodique où le quatuor à cordes déploie noblement son raffinement de danses et de dialogues, toujours en bouleversants alliages avec tous les vents.
Y ajouter les voix humaines, c’est toute la beauté de Malher malgré qu’il soit, en effet, un compositeur disert, loquace, sinueux, exigeant d’affabulation.
Artistes
Orchestre symphonique de Montréal, Maison Symphonique.
- Rafael Payare, chef
- Miah Persson, soprano
- Rose Naggar-Tremblay, contralto
- Clay Hilley, ténor
- Mattias Goerne, baryton
Chœur de l’OSM
- Andrew Megill, chef de chœur
- Simon Rivard, chef, banda
- David Menzies, choriste soliste ténor
Œuvres
Gustav Mahler, Des Knaben Wunderhorn [Le cor enchanté de l’enfant] (extraits) (26 min)
Rheinlegendchen [Petite légende du Rhin] GMW 26 (3 min)
Wo die schönen Trompeten blasen [Où sonnent les belles trompettes] GMW 35 (7 min)
Das irdische Leben [La vie sur terre] (3 min)
Urlicht [Lumière originelle] GMW 27 (4 min)
Revelge [Appel d’éveil] GMW 36 (7 min)
Der Tamboursg’sell [Le petit joueur de tambour] GMW 38 (5 min)
Entracte (20 min)
Gustav Mahler, Das klagende Lied (version mixte en 3 parties) (65 min)
I. Waldmärchen (Légende de la forêt – version 1880)
II. Der Spielmann (Le ménestrel) – (version révisée)
III. Hochzeitsstück (Pièce pour le mariage) – (version révisée)
Photos : Antoine Saito

































































