Il y a neuf ans, le Québec découvrait le talent brut d’un adolescent sur le plateau de La Voix. Aujourd’hui, à 27 ans, David Marino n’est plus seulement un prodige : c’est un pont vivant entre Broadway et la Rive gauche, entre la rigueur du jazz et l’urgence de la chanson française, une force de la nature qui avance avec l’appétit des géants entre Paris, Londres, New York, San Francisco et Montréal.
Ce jeune homme au visage d’ange trace ainsi une route que personne, semble-t-il, ne pourra détourner, une vieille âme qui a rendez-vous avec son destin. Rencontre avec un artiste qui habite temporairement le 8e arrondissement de Paris.
L’armure de la candeur
La première chose qui captive chez David Marino, c’est ce contraste saisissant : un visage d’adolescent, une physionomie de chérubin, mais une présence souveraine qui impose le respect. Pourtant presque trentenaire, il arbore cette allure de jeunesse qui lui permet d’incarner avec une vérité désarmante le marin Maxence dans la nouvelle mouture de Les Demoiselles de Rochefort au Lido de Paris depuis l’automne 2025.
« Les gens pensent souvent que je suis un adolescent, et je gagne à ce jeu-là », s’amuse-t-il. C’est d’ailleurs pour cette raison que le réalisateur l’a choisi : Jacques Perrin avait exactement le même âge lorsqu’il incarnait ce jeune marin en quête d’idéal.
Mais dès qu’il ouvre la bouche pour chanter, le jouvenceau disparaît. Surgit alors l’autorité d’un crooner chevronné, la maîtrise d’un artiste qui a conquis ses armes. Sa candeur apparente, loin d’être une faiblesse, est son arme la plus redoutable : elle masque une ambition dévorante, celle des êtres qui connaissent leur destination avant de quitter le port.
Seul sur son étoile, David semble immunisé contre le doute, contre les bruits de la mode et les distractions passagères. Il possède cette assurance minérale qui caractérise les grands succès. On sent chez lui l’instinct d’un prédateur de scène qui aurait troqué les griffes pour le velours d’un smoking. Rien ne semble pouvoir le détourner de sa trajectoire.
Le trait d’union des mondes
De passage à Montréal durant une pause de sa production parisienne, il a présenté son spectacle phare : Entre Jazz et chanson. C’est là que sa dualité musicale explose, vibrante et passionnelle. David réconcilie deux univers sonores avec une ferveur viscérale, naviguant sans essoufflement entre Montand et Fitzgerald, Gershwin et Brel, Legrand et Sinatra, Pavarotti et Aznavour.
Pour lui, le texte est sacré. S’il puise chez les plus grands, c’est pour mieux enrichir sa propre signature artistique. Il y a une ferveur presque religieuse dans sa manière d’aborder les mots. « Quand je choisis mes chansons, ça commence avec les paroles. Si elles me touchent, je regarde la musique », confie-t-il.
Son spectacle est une montagne russe émotionnelle : il débute par l’énergie contagieuse d’une soirée jazz (C’est si bon, I Love Being Here With You, Boum!) avant de basculer progressivement vers l’émotion brute, là où les larmes affleurent (Les Parapluies de Cherbourg, Quand on n’a que l’amour...). C’est cette alternance entre l’euphorie et la mélancolie qui sculpte l’expérience du spectateur.
La discipline d’un athlète, la vision d’un maître
Établi temporairement au cœur du 8e arrondissement, à deux pas du Lido, David mène l’existence d’un marathonien de l’art. Chanter sept fois par semaine ne s’improvise pas : il faut une technique vocale indestructible, une discipline de sportif de haut niveau.
« Le chanteur, c’est un athlète. La voix change tous les jours. Parfois, on attrape un virus en avion, il faut savoir gérer, respirer, rester concentré », explique-t-il avec la précision d’un joueur de hockey en finale de série.
Son quotidien suit un rituel monastique : exercices vocaux quotidiens, leçons en visioconférence avec New York et Montréal, silence absolu avant chaque représentation pour se connecter à ses pensées les plus profondes. Cette rigueur monacale est le prix de sa liberté créative.
En juin, il s’attaquera au mythique Bal Blomet, temple parisien où ont foulé les planches Mistinguett, Joséphine Baker et Maurice Chevalier dans l’entre-deux-guerres. Ce sera un hommage au compositeur à la précision chirurgicale, Michel Legrand ; un projet qui annonce la sortie d’un album majeur prévue pour 2027, un disque qu’il espère porter jusqu’au Japon, où le nom de Legrand est une véritable religion.

David tout simplement
Malgré le succès parisien, malgré l’Arc de Triomphe qu’il contemple au réveil et chaque soir depuis sa fenêtre, David reste ce chercheur d’absolu. S’il s’inspire des légendes, c’est pour mieux s’en affranchir.
« J’ai envie d’être David et c’est dans mes spectacles que je le suis le plus », martèle-t-il avec cette force tranquille qui ne laisse place à aucune contradiction.
Qu’il conquière Londres dans l’intimité d’un club comme le Crazy Coqs at Brasserie Zedel, au mythique Birdland Jazz Club à New York ou à la Cinquième salle de la Place des Arts comme ce sera le cas le 21 octobre prochain, qu’il fasse vibrer les grandes salles internationales, David Marino est une vieille âme qui a enfin trouvé son époque.
Il ne demande pas la permission d’exister ; il impose sa lumière avec une grâce souveraine, celle d’un artiste qui sait que le monde finit toujours par appartenir à ceux qui ne doutent jamais de leur route.
Infos
→ Les Demoiselles de Rochefort – Lido de Paris (jusqu’à 14 juin)
→ Spectacle Entre Jazz et chanson – Tournée européenne
→ Place des Arts, Montréal – 21 octobre 2026 – David Marino chante Michel Legrand
→ Bal Blomet – 19 juin 2026 – David Marino chante Michel Legrand
→ Album majeur : Printemps 2027
Photos : Karl André



























































