Hier soir nous avons été témoins d’une véritable explosion d’émotions pures lorsque l’éminente Brigitte Haentjens s’est penchée sur le chef-d’œuvre d’Annie Ernaux : Passion simple.
Entre témoignage personnel et réflexion universelle sur les bouleversements intérieurs, cette mise en scène a exploré avec une acuité rare les méandres de l’attachement. Julie Le Breton a magistralement rendu palpable cette forme d’annihilation et de paralysie, où l’amour devient une force qui dévaste autant qu’elle sublime.
La plume chirurgicale, presque incandescente, de la Prix Nobel de littérature a trouvé un écho magistral dans le talent brut et la vulnérabilité magnétique de l’actrice.
Seule en scène, elle nous a plongés dans l’intimité troublante d’une relation intermittente : celle d’une femme suspendue au désir d’un homme marié, ce fonctionnaire étranger dont l’ombre plane sans cesse.
Nous avons vécu avec elle cette danse effrénée : l’appel tant attendu, la préparation fiévreuse, l’étreinte charnelle et le vide immense qui succède au départ. Ce fut une exploration sans fard, d’une honnêteté désarmante, où chaque silence de la mise en scène a résonné comme un cri.
Dans ce face-à-face avec la fureur des sentiments et la douleur du manque, le spectacle a su extraire la joie profonde d’une passion jamais rassasiée. Pour les amoureux du texte et de la performance d’actrice, ce moment fut vibrant, nécessaire et d’une beauté absolument foudroyante !
Pour parfaire cette production mémorable, Brigitte Haentjens a su s’entourer d’une équipe de concepteurs visionnaires qui ont sculpté l’espace et l’atmosphère avec une précision remarquable.
Sous l’œil attentif d’Alexandra Sutto à l’assistance et grâce à la dramaturgie de François Édouard Bernier, la scénographie d’Anick La Bissonnière a offert un écrin dépouillé et puissant au texte d’Ernaux.
La lumière de Cédric Delorme-Bouchard et les projections vidéo de Karl Lemieux ont dialogué pour traduire visuellement l’obsession, tandis que l’univers sonore de Bernard Falaise soulignait chaque tension du récit.
Enfin, le soin apporté aux costumes par Julie Charland, ainsi qu’au maquillage et à la coiffure de Justine Denoncourt-Bélanger, a fini de parfaire l’incarnation de cette femme à la dérive, ancrant la performance de Julie Le Breton dans une réalité à la fois charnelle et éthérée.
du 1er avril au 1er mai 2026 au Théâtre de 4’SOUS
Une création de Sibyllines en coproduction avec le Théâtre de 4’SOUS et le Théâtre français du CNA
Photos © Frédérique Ménard–Aubin



























































