Mon idée d’entrer volontiers salle Bourgie mardi soir 12 mai pour écouter ce beau récital de mélodies françaises et la poursuite de l’Intégrale Schubert m’a couronné de trois découvertes: la juste et puissante voix de la mezzo-soprano Victoire Bunel et la mission féale de transmission de son amour de la musique de piano française fauréenne du virtuose Gaspard Dehaene.
La soirée sans entracte m’a offert l’occasion de comprendre ce duo d’interprètes en belle connivence qui priait le public de ne pas applaudir entre les pièces, sauf si l’émotion était trop forte. Devinez combien de fois on applaudit le duo quand même? J’en fus!
Fauré plus que Schubert
L’interprétation de chaque lieder de Schubert en lecture à vue ne méritera aucun reproche mais l’éloge le plus entier touche au moment le plus inoubliable de la soirée. Ce fut l’interprétation de ce classique des récitals universitaires de chant: Les Berceaux. de Gabriel Fauré. Victoire Bunel nous y a montré là son grand art achevé en cette emblématique mélodie fauréenne : l’irréprochable par coeur tissait un agir en nuances d’infinies précisions expressives.
Disque compact de Dehaene
À ma sortie du temple bourgien, réformé à la Musique, j’avais hâte de retrouver le vent du soir pour mieux prêter l’oreille aux tumultes des Houras! S’envolant depuis une foule passionnée d’hockeyeurs pas trop éloignée (pour entendre s’ils avaient conquis leur Victoire à eux). Cependant, un furtif regard côté des tables à l’entrée du hall m’a immobilisé un instant à fixer une tentatrice pile de disques offerts.
Par vertu de cette conseillère invisible attachée à ma personne m’ordonnant d’arrêter ici, de regarder là, de contempler au loin là-bas, je vous le dis, sans elle je ne serais conscient de rien… je me suis laissé tenté à l’achat d’un autre album à la lecture duquel le programme original de la musique seul me conquit.
Élèves inspirés sous Fauré
Entièrement redevable à la classe de composition de Gabriel Fauré (1845-1924) au Conservatoire de Paris, l »album trace un beau parcours: on y retrouvait parmi 20 des pièces brèves de ces deux compositrices françaises souvent oubliées soit Mel Bonis (1858-1937) et Lili Boulanger (1893-1918), mais aussi deux belles oeuvres de Louis Aubert (1877-1968) dont une splendide Valse-caprice opus 10.
Au comble du ravissement de cette autre rencontre impromptue avec les doigts de Gaspard Dehaene, ce qui me ravit vraiment le plus, parmi tout, fut l’interprétation d’En rêvant composé par Florent Schmitt (1870-1958). Ce dernier morceau aussi méditatif que la première de toutes mes pièces apprises au piano, il y a 45 ans, soit Feuillet d’album opus 45 no.1 de Scriabine mais En rêvant respire de la plus pure imagination du vagabond disponible en quête d’émerveillement.
INTERPRÈTES
Victoire Bunel, mezzo-soprano
Gaspard Dehaene, piano
Disque de Gaspard Dehane : Fauré en Héritage sur étiquette Mirare MIR776
PROGRAMME du récital SCHUBERT
Geisternähe [Proximité des esprits], D. 100
Erinnerung [Souvenirs], D. 101
Seufzer [Soupirs], D. 198
An die untergehende Sonne [Au soleil couchant], D. 457
In der Mitternacht [À minuit], D. 464
Lied des Orpheus, als er in die Hölle ging [Chant d’Orphée, comme il est allé aux enfers], D. 474
Abschied [Adieux], D. 475
Rückweg [Le chemin de retour], D. 476
Der Jüngling und der Tod [Le jeune homme et la mort], D. 545
FAURÉ
Les berceaux, op. 23 n° 1
La chanson du pêcheur, op. 4 n° 1
Mirages, op. 113 (extraits)
L. BOULANGER Reflets
JAËLL La mer (extraits)
CHAUSSON
Sérénade italienne, op. 2 n° 5
La chanson bien douce, op. 34 n° 1
CANAL
Chanson à l’aube
RAVEL Jeux d’eau
SCHUBERT / LISZT Aufenthalt




























































