Il y a des artistes dont on a besoin sans vraiment savoir pourquoi jusqu’au moment où ils montent sur scène et que tout devient évident. Zaz est de ceux-là. Dans un monde qui vacille, elle arrive avec la grâce légère d’un oiseau en vol et la présence magnétique d’une créature née pour la scène. Son corps est un instrument à part entière, qu’elle habite avec une maîtrise unique et une liberté contagieuse.
Dès qu’elle a franchi les planches d’un Centre Bell comble, la clameur a tout dit : ici, on l’aime. Pas d’une admiration polie, mais d’un amour sincère, collectif, presque familial. Car Zaz n’est pas seulement cette voix rocailleuse et chaude qu’on reconnaîtrait entre mille. C’est aussi une athlète du spectacle vivant. Elle sautille, virevolte, esquisse des squats, s’étend de tout son long, danse avec une énergie qui défie l’essoufflement, et tout cela avec ce sourire grand ouvert, naturel, qui ne joue à rien.
En amont de son concert, elle a voulu prendre le pouls de la nature d’ici et s’emplir les poumons et la vue comme elle témoigne sur les réseaux sociaux.
Puis, c’est avec ce sourire qu’on lui connaît qu’elle a ouvert le cœur de la salle en entonnant Je pardonne :
J’pardonne à tort et à raison, L’amertume n’est pas ma maison,
La rage mais pas la rancœur, La colère mais pas l’aigreur,
J’pardonne et je veux espérer, Qu’on puisse aussi me pardonner
Ces mots ont quelque chose de désarmant dans leur honnêteté. Ils ne cherchent pas à impressionner, ils cherchent à toucher. Et ils touchent. Pendant plus de 90 minutes, la salle entière les a chantés avec elle, comme si chacun y retrouvait quelque chose qui lui appartenait.
Entourée de quatre musiciens complices, Zaz a traversé son répertoire avec l’aisance de quelqu’un qui sait exactement où elle va. Qué vendrá, Comme ci comme ça, Si jamais j’oublie, La fée, ses grands titres ont pris des couleurs jazz, pop, vivantes, jamais figées dans leur propre succès.
Et puis il y a eu ce moment suspendu : elle a quitté la scène pour descendre dans la salle, parcourir le parterre en chantant Sains et saufs, tiré de son dernier album, serrant des mains, prenant des gens dans ses bras, comme si la frontière entre l’artiste et le public n’avait jamais vraiment eu lieu d’exister.
Avant la célébrité, Zaz chantait Brel, Aznavour, Piaf, Gainsbourg, Dassin, les grands. La vie l’a conduite jusqu’au vrai Aznavour, avec qui elle a partagé J’aime Paris au mois de mai, arrangé par John Clayton et produit par Quincy Jones, des légendes, comme elle est en voie de devenir malgré une jeune carrière qui commençait au son de Je veux, gazou au bec, en 2010. Qui dit mieux! Aujourd’hui, avec cinq millions d’albums vendus et six opus en carrière, elle reste cette artiste étonnamment populaire qui n’a rien sacrifié à la facilité.
Son spectacle, c’est aussi un retour à l’essentiel. Des éclairages vivants, chaleureux, mais rien qui vienne noyer les mots. Pas de poudre aux yeux, pas d’effets pour combler un vide parce qu’il n’y a pas de vide. Juste des chansons qui parlent de nous, de nos fragilités, de nos liens, comme dans Que des liens. Zaz fait partie de ces artistes qu’on ne choisit pas vraiment d’aimer. On les rencontre, et ils restent.
Photo : Sébastien Jetté





























































