887 – Robert Lepage et Ex Machina au TNM. Créé en 2015 par Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, le spectacle solo 887 tire son nom de l’adresse de son enfance, le 887, avenue Murray, à Québec, où il a vécu de 1960 à 1970. La pièce se déroule durant les années 1960 au Québec, une période marquée par les tensions sociopolitiques, les débuts de la Révolution tranquille et la crise d’octobre.
Robert Lepage nous lance d’entrée de jeu : nos plaques d’immatriculation disent, je me souviens… Mais on se souvient de quoi ? On aura donc droit à une réflexion sur la mémoire, et à l’histoire de son enfance et de sa famille.
J’ai eu le privilège et le bonheur de suivre une partie de la carrière de Robert Lepage depuis les années 1980, lorsque j’habitais à Québec, lieu de naissance de la majorité de ses créations. Son parcours à chaque production m’a toujours fasciné, parce qu’il est un créateur, un idéateur et un artiste unique et hors du commun, dans le monde. Est-ce que tout ce qu’il fait me rejoint systématiquement ? Bien sûr que non, mais son imaginaire retient toujours mon attention.
Si vous voulez découvrir Robert Lepage, le spectacle solo 887 présenté au TNM, est la pièce maîtresse de son œuvre, à mon humble avis. Il est seul en scène, mais soutenu en coulisses par une dizaine de techniciens indispensables qui font en sorte que tout arrive au bon moment et au bon endroit, et ce n’est pas une mince tâche.
La livraison de Lepage est accentuée par une espèce de flegme et un naturel presque britannique. Les anecdotes qu’il nous raconte frappent dans le mille à tout coup, et c’est souvent drôle. 887 est aussi un véritable cours d’histoire du Québec raconté avec rigueur, mais sans lourdeur. La poésie est omniprésente ; on se rend compte que le texte se transforme en rimes par moments.
Si vous voulez découvrir Robert Lepage,
le spectacle solo 887 présenté au TNM, est la pièce maîtresse de son œuvre
L’aspect visuel est la grande force et l’identité de Robert Lepage ; il maîtrise l’espace dans son ensemble par l’image, les projections, les éclairages, le son et les effets techniques. À partir d’un énorme cube qui se transforme à son gré, d’un mouvement circulaire, il nous montre l’édifice où il a habité, avec, en supplément, de vrais humains miniatures vivants qui appuient ce qu’il raconte en déambulant à travers les fenêtres des appartements.
D’un autre mouvement circulaire, on le retrouve dans une cuisine, où il s’entretient avec son bon ami… qui n’est pas là physiquement, mais le talent d’acteur de Lepage nous y fait croire complètement. Grâce à des caméras en direct qu’il manipule lui-même, il nous montre et appuie des faits historiques comme la visite du général de Gaulle au Québec. Il terminera avec la livraison du poème « Speak White » de Michèle Lalonde, de façon très convaincante.
Cela dit, l’univers de Robert Lepage n’est peut-être pas pour tout le monde. On est subjugué par sa créativité ou on n’embarque tout simplement pas. Mais pour moi, 887 est un spectacle multimédia de deux heures, sans entracte, époustouflant, et qui reste en mémoire… très longtemps.
Distribution et Interprétation
Seul en scène : Robert Lepage
Équipe de Création et Production
La conception de ce spectacle par Ex Machina est portée par :
Mise en scène et interprétation : Robert Lepage
Direction de création : Steve Blanchet
Dramaturgie : Peder Bjurman
Musique et son : Jean-Sébastien Côté
Éclairages : Laurent Routhier
Images : Félix Fradet-Faguy
Assistance à la mise en scène : Adèle Saint-Amand
Direction technique : Paul Bourque
Photo : Erick Labbé
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