Le récital de Dorothée Berryman, mardi soir 27 octobre, a fait salle comble au très beau Studio St-Denis. L’enthousiasme généralisé autour d’une belle scène élégamment illuminée réchauffait une chic atmosphère où les belles chansons des années 30, 40 et 50 ont fait le régal des spectateurs.
L’amour sous mille formes par Dorothée Berryman
Toute de noir vêtue en sa longue robe de soirée et les bras dégagés mais les mains gantées d’un esthétique tissu translucide de voile ajouré, la chanteuse déployait sa très riche voix, à l’aise dans les deux langues de notre pays.
Elle commença son tour de chant avec une chanson dont la parole emblématique et centrale reste Love is the only thing that matters … Dès lors cela résumait tout à fait les thèmes centraux de son propos amoureux magnétisant l’auditoire : elle visualisait et commentait avec amusement tout à la fois le côté moral, le volet physique et la tension psychologique de l’amour.

Paroliers célèbres
L’artiste anima avec goût cette intime soirée tout à fait idéale pour une chanteuse chevronnée toujours en excellent contrôle vocal, mais je l’ai surtout trouvée adroite aux propos subtils fort cultivés la faisant voyager en amoureuse actuelle capable d’aimer tout autant les amourettes codées du 18e siècle que celles racontées en chanson par Ira et George Gershwin, Richard Rodgers et Lorenz Hart, Joseph Kosma et Jacques Prévert, Dorothy Fields et Jimmy McHugh, Édith Piaf, Cole Porter et bien d’autres!
Pointes d’humour et d’ironie
Reviendront souvent les propos du rêve du grand amour éternel ou celui de l’amour fuyant mais pourchassé.
L’anecdote amoureuse personnelle surgit sans relâche durant la soirée, selon ses chansons choisies, comme avec Blue Moon, car pour tout musicien jouant ou fredonnant fréquemment, en soliloque, ces joyaux du blues et de l’âge d’or du jazz lorsque survient la modulation centrale de cette chanson on trouve ces paroles précises : And then there suddenly appeared before me the only one my arms will ever hold I heard somebody whisper Please adore me… il ne fait dès lors aucun doute que l’amour éternel transcendant le temps est au coeur des vraies préoccupations universelles de l’artiste.
Par surcroît de recherche songée, les chansons de Berryman, en ce spectacle, sont souvent des musiques reprises de films oubliés, des airs qui sont restés gravés dans la mémoire collective car ils ont caractérisé les moeurs d’une époque.
Le temps sans nostalgie
Même situation sur le propos du temps qui passe avec les savoureuses chansons d’amour érotique telles les Libertine et on songerait d’emblée à celles plus que grivoises chantées par Fréhel, quoique absentes ici, mais dans cette même veine.
En quittant le spectacle, on se prend à évoquer, intérieurement, le souvenir de la belle époque de Frank Sinatra, d’Ella Fitzgerald (d’ailleurs Berryman m’a souvent fait penser à la grande Ella — entendue à Montréal en 1987 — ce mardi soir dernier …) et je pensais aussi à chaque chef d’oeuvre d’un autre de mes favoris, soit Noël Coward.
Berryman très moderne
Une anecdote, racontée au passage par l’artiste, m’a beaucoup fait rire car elle vit vraiment le présent de nos jours très émancipés comme l’incarne la série Heated Rivalry (nous avons publié un article entier à ce sujet dans nos pages, en novembre dernier) dont elle révélait un fantasme survenu en rêve subséquent, après avoir écouté, en rafale, toute la sulfureuse série, soit cette histoire d’amour entre deux joueurs de hockey faisant désormais sensation à l’échelle planétaire.
Suggestion sublime
Un message personnel à madame Berryman que j’admire sincèrement en tous points : voici une vieille mais sublime chanson pour vous intitulée Le Chaland qui passe (en anglais Tell me that you love me) avec des paroles françaises sublimes d’André de Badet (originalement italiennes de Ennio Neri) sur une fine et magistrale musique de Cesare Andrea Bixio.
Cette chanson compléterait le bel éventail que vous offrez à ce récital distingué avec I’m going to sit right down and write myself a letter (Fred Ahlert et Joe Young), Night and day (Cole Porter) et Les Feuilles mortes (Jacques Prévert).
Finalement, merci d’avoir fait chanter le public entier toutes les paroles à l’unisson qui sont du coeur et de la main d’Édith Piaf soit son grand succès planétaire archiconnu intitulé La vie en rose.
Supplémentaires annoncées
Concert à Québec
Date : dimanche 7 février 2027
Lieu : Théâtre Petit-Champlain, Québec
Billetterie : Programmation et achat de billets
Supplémentaire à Montréal
Date : dimanche 14 février 2027
Lieu : Studio St-Denis, Montréal
Billetterie : Espace St-Denis
Photos : Karl André
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Entrevue : Dorothée Berryman – Le temps de vivre, le temps de chanter

























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