Avant même qu’il ne franchisse la scène de la salle Wilfrid-Pelletier hier soir, dans le cadre des Francos de Montréal, la clameur et l’impatience du public se faisaient déjà sentir. Julien Clerc, symbole des premières heures de la génération des boomers, est apparu au fond de la scène, le pas aérien, un chouia nerveux, pour chanter La Cavalerie, la chanson qui l’a révélé en 1968, alors qu’il n’avait que 21 ans.
Entouré de quatre musiciens pendant deux heures, ce séduisant gaillard français a mis l’auditoire montréalais dans sa manche grâce à des joyaux de mélodies et de mots qui nous accompagnent dans nos amours et nos chagrins.
L’envoûtement est allé au-delà de ces chefs-d’œuvre de la chanson française, car cette voix unique masse le cœur et libère l’ocytocine en masse. Oui, ce mélange de vibrato chaleureux et cuivré, cette diction incisive, ce lyrisme romantique et cette sensualité vous happent immanquablement et vous mettent KO.
Dans le cadre de sa tournée Une vie, il nous a raconté comment il avait trouvé son nom d’artiste, Julien Clerc, et nous a parlé de ses racines caribéennes par son grand-père. Et même si ce grand mélodiste n’écrit pas ses textes, ses chansons ont pris vie et racine en nous depuis près de 60 ans, grâce à des collaborateurs inspirés comme Étienne Roda-Gil (Si on chantait, Utile, Jaloux, etc.), mais aussi sous une forme plus romantique avec Jean-Loup Dabadie et Françoise Hardy.

De son dernier album, également intitulé Une vie, on retiendra la brillante En serais-je moins fou de toi (signée Serge Lama), St-Nazaire (en hommage à son frère Gérard) et Les Parvis, en hommage à Agnès Lassalle, une professeure d’espagnol assassinée par un élève en 2023.
Baigné dans des faisceaux lumineux rouges, seul à l’avant-scène, il a entonné avec passion Femmes… je vous aime, qui nous a laissés cois et émus. Puis, lorsqu’il s’est installé au piano pour chanter Ma préférence, une rumeur de plaisir s’est manifestée dans la salle. Pour Fais-moi une place, il nous a raconté que Françoise Hardy, la créatrice de ce texte, ne croyait pas à son succès. Quand le triomphe est venu, elle a tout simplement rétorqué : « Tout le monde se trompe ».
Sur une scène dépouillée, Julien Clerc excelle autant dans les rythmes de sable blanc et de mer (comme dans Mélissa et This Melody) que dans le rock ‘n’ roll qu’il fait vibrer avec Lily danse avec moi, offrant une gestuelle typique : jambes écartées et pied de micro penché à la Elvis.
« C’est pour vous que je chante », nous a-t-il lancé avec gratitude à un moment inattendu.

Julien Clerc porte ses 78 ans avec grâce, dignité et aisance. Il y a chez lui ce fond de jeunesse éternelle qui le fait danser, se dandiner les hanches et se déplacer aisément sur scène. Et s’il persiste et signe avec ce dernier album, c’est qu’il a encore des choses à dire et des mélodies qui l’habitent.
Alors qu’on lui demande souvent pourquoi il n’écrit pas les paroles de ses chansons, il a répondu hier soir par un texte de son cru rédigé sur papier. Il l’a lu avec autant de passion que ses mélodies – évoquant ses envies, ses choix de vie, ses préoccupations, ses amours – avant de l’offrir à une spectatrice.
Au terme de ce concert dont on se sent privilégié d’avoir été témoin, il a opéré un magnifique retour en arrière avec la plus célèbre et rassembleuse de ses chansons, extraite de la comédie musicale Hair (annonciatrice d’une révolution et dans laquelle il tenait le rôle principal en 1969). C’est elle qui a fait lever la foule, qui a chanté en chœur avec lui : Laissons entrer le soleil / Let the sunshine in.
Photos : Victor Diaz Lamich
Julien Clerc sera ce soir vendredi 19 juin à la Salle Odysée de Gatineau.
































































