Quelle idée de génie de la part des productions Monarque d’installer du théâtre d’été en plein cœur du Quartier des spectacles, dans l’enceinte de l’emblématique Théâtre du Nouveau Monde (TNM) fraîchement rénové ! C’est dans ce cadre somptueux que débarque enfin la version québécoise de The Play That Goes Wrong, le succès planétaire culte d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields. Attachez votre tuque, car ce qui vous attend est un ouragan d’humour déjanté.
Une pièce qui commence… avant même de commencer
À peine entré dans la salle, l’expérience est déjà totale. Alors que les spectateurs cherchent encore leur numéro de siège et que d’autres jasent joyeusement avant le début du spectacle, une étrange animation agite la scène. Bizarrement, deux régisseurs s’affairent encore à préparer les derniers détails du décor, l’air visiblement dépassé. Il m’a fallu un instant d’observation attentive pour reconnaître, sous les costumes, les excellents Jonathan Roberge et Olivia Palacci !
Il n’en fallait pas plus pour comprendre que la pièce avait commencé avant même le lever de rideau officiel. Ce prélude étonnant donne immédiatement le ton : nous ne sommes pas ici pour une soirée théâtrale ordinaire, mais pour assister à un naufrage magnifiquement orchestré.
Ici, on est en plein dans le spoof, l’exagération, la caricature et le chaos constant. C’est une pièce tout simplement hilarante pour le spectateur… et profondément amaigrissante pour les comédiens !
Un feu roulant de gags et un engagement physique extrême
Une fois le spectacle officiellement lancé, le feu roulant de blagues n’a pas cessé un seul instant. Importée directement d’Angleterre, cette comédie déploie une mécanique d’une efficacité redoutable. Le synopsis de départ s’annonce pourtant classique : un meurtre mystérieux dans un manoir anglais isolé, un inspecteur pointilleux sur la piste du coupable…
Tout est en place pour une grande enquête digne d’Agatha Christie. Sauf que le spectacle est confié aux comédiens catastrophiquement maladroits de la Cornley Drama Society, une troupe amateur d’une incompétence légendaire.
Ce qui devait être un suspense impeccable vire instantanément au cauchemar technique et scénique : les décors s’effondrent en direct, les comédiens oublient magistralement leurs répliques, les accessoires disparaissent mystérieusement et les techniciens se retrouvent propulsés sur scène au pied levé.
Si toute la distribution se donne corps et âme, il faut souligner l’incroyable performance physique exigée par le rôle. Les acteurs se font littéralement bardasser à qui mieux mieux ! Le jeu demande une forme athlétique absolue, en particulier pour Pierre-François Legendre (hilarant en victime qui lutte pour le rester), LeLouis Courchesne (qui brise savoureusement le quatrième mur) et la dynamique Julie Ringuette. Voir cette équipe évoluer au milieu de cascades millimétrées et d’un décor qui s’écroule est un pur délice d’autodérision.

Un coup de maître signé Monarque
Derrière ce chaos apparent se cache une rigueur chirurgicale. Les producteurs André Robitaille et Mario Provencher de chez Monarque Productions (à qui l’on doit déjà les succès de Le Dîner de cons, Le Père Noël est une ordure et Québec-Montréal) ont signé ici un véritable coup de maître.
Il aura fallu six ans d’efforts acharnés à Mario Provencher, tombé sous le charme de l’œuvre originale, pour convaincre l’équipe britannique de Mischief d’en céder les droits pour la première fois en français.
La traduction et l’adaptation québécoise, confiées aux mains expertes de Normand Chouinard, restituent à merveille le piquant de l’humour britannique tout en y insufflant l’énergie et la couleur locales. Sous la direction d’André Robitaille, la distribution se complète de pointures comme Fabien Cloutier, magistral en inspecteur dépassé, et Rémi-Pierre Paquin.
Mention spéciale à la solidarité théâtrale : suite à la malheureuse blessure de Guillaume Lambert en 2025, c’est le brillant Stéphane Breton qui a repris le flambeau pour la suite de cette tournée triomphale qui s’arrête enfin au TNM après avoir conquis Drummondville.
































































