Sisyphe au stade olympique : hors du commun !

L’expérience Sisyphe de l’artiste multidisciplinaire Victor Pilon est à la fois spectaculaire, philosophique et théâtrale !  50 tonnes de sable seront déplacées, durant 30 jours, à raison de 6 jours par semaine et 7 heures par jour… Il faut sans doute avoir une endurance athlétique pour livrer cette performance marathon inspirée de l’essai d’Albert Camus Le Mythe de Sisyphe, basé sur l’éternel recommencement lié à notre condition humaine. Plus encore, cette rencontre singulière se déroule en un lieu où la plupart d’entre nous ne sommes jamais allés, soit dans les entrailles du stade…

Un miroir de nos vies 

«Comme dans l’expression populaire métro-boulot-dodo, jour après jour, Sisyphe pousse son rocher au
sommet d’une montagne, d’où il finit toujours par redescendre», rappelle Victor Pilon, évoquant ce personnage de la mythologie grecque. Sisyphe, dont la trop grande perspicacité aurait irrité les dieux, revient en quelque sorte les affronter au Stade olympique de Montréal, cet automne, à travers cet événement conçu avec le soutien du Musée des beaux-arts de Montréal.

Victor Pilon dans la performance marathon Sisyphe
Crédit photo : Marc-Yvan Coulombe

Devant un amoncellement de sable, l’artiste brandit sa pelle et commence à y extraire le gravier qui lui servira à ériger un autre mont. Recommencer… n’est-ce pas le scénario de nos vies ? Avec le sable qu’il transporte, il s’empresse de dessiner les contours de ce qui deviendra son nouvel amoncellement. Tout cela s’avère particulièrement percutant en ce temps de pandémie où tant de choses sont à reconstruire. En marchant d’un monceau à l’autre, Sisyphe pose parfois son regard sur nous qui l’observons, l’air de dire, savez-vous que nous sommes tous dans le même bateau ?

Dire sans mots

Il est beau à voir le Sisyphe de Victor Pilon avec sa détermination dans le regard et sa démarche virile. Ses manches de chemises roulées, révélant de puissants avant-bras, il empoigne la pelle sans gants. La friction de cette pièce de métal sur le plancher résonne ! L’environnement sonore de Marcin Bunar enveloppe ce monde inquiétant où on laisse aussi, parfois, place au silence. La lumière et l’obscurité mènent un combat de tous les instants, dans cette habile conception des éclairages d’Alain Lortie. «Il n’y a pas de soleil sans ombre et il faut connaître la nuit», selon Camus.

Victor Pilon dans Sisyphe
Photo fournie par Lemieux Pilon 4D Art

Épaulé par son complice de longue date Michel Lemieux, qui agit ici comme conseiller artistique, Pilon apporte continuellement du nouveau à son discours, sans dire un mot. J’ai assisté à un peu plus d’une heure de Sisyphe et j’ai été captivé par l’évolution du spectacle. Tantôt, l’artiste regarde le sommet de la montagne comme pour mesurer le travail qui l’attend.  À d’autres moments, il pointe sa pelle vers le ciel comme une arme ! Est-ce là une métaphore de la révolte à laquelle nous incite Camus, devant l’absurdité de la vie ?

Cette performance est truffée d’images fortes qui parviendraient sans doute à toucher même quelqu’un qui n’aurait  aucune idée de ce qu’est le mythe de Sisyphe. Puis, il y a la musique du groupe électro montréalais Dear Criminals (Charles Lavoie, Vincent Legault, Frannie Holder) qui vient ponctuer ce parcours physique et philosophique, avec de nombreux extraits de chansons (Starless, Waste Land, Where We Started, Stay Tonight, etc.)

Vivre deux fois

« La mort tragique d’un être cher m’a conduit à ce projet», explique Pilon, dont la démarche s’inscrit dans un processus de deuil, une forme d’acceptation de l’absurdité de la vie, «afin de peut-être pouvoir par la suite en arriver à une forme de liberté, voire de bonheur. » Rappelons que pour Camus, lorsque Sisyphe reconnaît la futilité de sa tâche, il peut réaliser l’absurdité de sa situation et parvenir à un état d’acceptation.

Pilon souhaite que sa performance marathon entraîne des réflexions rappelant aux spectateurs l’intérêt de profiter du moment présent plutôt que d’obéir à des espoirs illusoires. Déjà, son spectacle s’apparente à un pied de nez à la vie éphémère, puisqu’aux yeux de Camus : «Créer , c’est vivre deux fois».

Le décor de Sisyphe est en constante évolution
Photos fournies par Lemieux Pilon 4D Art

Infos pratiques

Sisyphe est présenté dans une grande salle où l’on peut déambuler. Il n’y a que quelques bancs disponibles, mais un certain roulement permet à un bon nombre de spectateurs de s’asseoir.

Sisyphe / Performance marathon de Victor Pilon

Lemieux Pilon 4D Art, avec le soutien du Parc olympique et du Musée des beaux-arts de Montréal.

Du 28 sept. au 27 oct. / du mardi au dimanche, de midi è 19h

Entrée gratuite / passeport vaccinal obligatoire

Comment s’y rendre ?

Se présenter au 4545 Av. Pierre-De-Coubertin et suivre les indications vers l’entrée du lieu de la performance.

 

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