L’enregistrement devant une salle comble sous Rafael Payare du Sacre du printemps d’Igor Stravinky a donné lieu, mercredi soir 23 avril, à une ovation debout spontanée presque égale à celle reçue la semaine précédente où la symphonie Leningrad de Chostakovich avait galvanisé la foule montréalaise.
Au podium jusqu’en 2032
Il faut dire que la cheffe de la direction Mélanie La Couture venait de nous ravir et de nous annoncer un prolongement de cinq ans du mandat de Payare comme chef et promu désormais premier directeur artistique à un si jeune âge prometteur.
L’enregistrement du Sacre du printemps qui a cours aux représentations de cette semaine sera couplé à la merveilleuse oeuvre orchestrale (et chorale) inégalée de Maurice Ravel soit Daphnis et Chloé qui couranna, jadis, l’OSM de lauriers éternels.
Création mondiale exquise
Dédiée au jeune chef d’orchestre Rafael Payare, la première composition offerte en cette consistante soirée musicale dessina les méandres de la vibrante création mondiale, oeuvre du compositeur québécois Denis Gougeon intitulée La traversée.
Il s’agit d’un poème colossal aux riches textures n’oubliant aucune section de l’orchestre, avec des idées expressives à portée méditative.
En pré-rencontre avec le public, Denis Gougeon nous a dit poster cette composition à la suite d’une autre apparue et entendue il y a 36 ans intitulée À l’Aventure (1990) car ses mesures finales communes à cette oeuvre antérieure servent à lancer, en amorce, cette nouvelle traversée sonore.
La composition témoigne en première audition d’une haute dextérité pour tous les musiciens. Elle aura connu un succès mérité en préambule aux émotions ultimes qui nous attendaient vu l’anticipation du programme proposé.

Bruce Liu en solitude déchaînée
L’altier Bruce Liu a désormais une démarche plus que confiante en entrant sur scène : louangé presque unanimement, bercé de l’attention stellaire portée à sa lumineuse jeunesse resplendissante au coeur du plus bel âge masculin, notre lauréat québécois célébré mondialement — après son premier prix de l’édition du Concours Chopin 2021 — suivait donc comme étoile au programme de concert.
Certes c’était un des événements les plus attendus de la saison. Et, pour comble, c’était le premier concerto pour piano et orchestre de Tchaïkovsky, le morceau de bravoure spectaculaire le plus connu du répertoire.
Accompagner de bonne grâce
L’orchestre l’accompagna avec bonnes grâces, mais il faut dire qu’une fois laissé seul aux commandes de la musique depuis les touches du magnifique Steinway de Hambourg de la salle, deux ou trois regards latéraux et paradoxaux de Payare en direction du soliste ne m’ont pas échappé ni les cavalcades bousculées au prestissimo d’une rage soliste inexplicable ne cadrant pas avec ses prestations antérieures de la même oeuvre que j’avais jadis louangée pour sa mesure et son élégance de valeureux interprète.
Pas en symbiose d’écoute
L’orchestre sous un chic Payare bien en selle l’a respectueusement accompagné mais je m’explique mal que le soliste se soit si fréquemment balancé de la battue, accélérant la démesure, ajoutant aux décibels normaux de cette oeuvre percussive une guerroyante insistance à frapper toujours plus fort, plus vite ce que le public confond vite pour de l’intelligence alors que nous vivions une mésintelligence avec l’orchestre.
Montées et descentes violentes d’octaves tapageuses endurées et subies sous les doigts ou mains et bras du soliste, fougues déchaînées sur les solides cordes du Steinway Hambourg.
Inévitablement jusqu’à ce qu’une corde ait explosé.
Une Rêverie de Debussy
La Rêverie de Debussy offerte en rappel est venue, certes, nous rasséréner sur son état d’esprit de soliste parcourant sans cesse un bout du monde jusqu’à l’autre … mais ce soliloque si tendre déchanta aussi de la fêlure de corde : re-sollicitée au Debussy mais meurtrie du hurlement de cette épopée russe explosive inexplicable au rationnel du personnage (et à la teneur des indications de la partition), je n’ai pas reconnu le soliste que j’avais toujours admiré et fièrement revu à Varsovie au dernier Concours Chopin d’octobre dernier.
Il sera accompagné, le 1er août prochain, au Festival de Lanaudière par notre orchestre tant aimé et sous la bienveillante baguette de Rafael Payare dans deux oeuvres fort dissemblables soit le troisième des concertos pour pianos et orchestre de Serge Prokofiev et le troisième des concertos pour piano de Piotr Tchaikovsky.
Que le printemps et l’été lui soient salutaires quelque rançon que la gloire lui fasse subir, car il faut durer dans ce milieu et avec la tête toujours bien portante sur les épaules.
Orchestre Symphonique de Montréal
Rafael Payare, chef d’orchestre
Bruce Liu, piano
Œuvres
Denis Gougeon, La Traversée 🍁 – Création mondiale, commande de l’OSM (12 min)
Piotr Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour piano no1, op. 23 (32 min)
Entracte (20 min)
Igor Stravinsky, Le sacre du printemps (33 min)
Photos : Antoine Saito (OSM)





























































