Après sa trilogie de La Bête, et ensuite Maple, un polar trashicomique, qui m’avaient totalement chavirée et bouleversée par sa plume poétique, David Goudreault récidive avec Traumathys, son sixième roman, qu’il a passé quatre années à rechercher et à écrire. L’écrivain et travailleur social aborde dans ce roman de près de 400 pages des thèmes sensibles tels que l’itinérance, la maladie mentale, la toxicomanie, mais aussi l’entraide, la solidarité et l’amour, en plus de poser un regard critique sur plusieurs enjeux sociaux et injustices. De quoi nous faire réfléchir et nous en apprendre plus que l’on pense sur l’itinérance, la corruption et les complots.
Résumé : L’itinérance, les surdoses mortelles, la maladie mentale et l’amour, Mathys s’y trouve plongé jusqu’au cœur. Et dans la canicule d’une époque en surchauffe, il se met dans le trouble jusqu’au cou. Heureusement, un agent des services secrets canadiens est là pour le manipuler.
Pour ce sixième roman, David Goudreault s’est inspiré de son métier de travailleur social et il a aussi rencontré des intervenants communautaires, et fréquenté divers organismes. Il a passé beaucoup de temps dans la rue avec des personnes en situation d’itinérance, pour en apprendre sur leur vie à l’extérieur. Donc, bien que ce soit un roman de fiction, dans lequel le narrateur Mathys, nous amène au cœur de de ses journées, entouré de ses acolytes itinérants, on est happé par cette histoire désarmante et on découvre des êtres attachants qui s’entraident du mieux qu’ils peuvent et on comprend mieux la réalité dans la rue de ces personnes en situation d’itinérance dans la vraie vie.
À mesure qu’on apprend à connaître chacune de ces personnes, leur passé, leur réalité et leurs défis et démons à surmonter, on espère qu’ils vont s’en sortir et auront une fin heureuse, même si on sait intérieurement que c’est très peu probable. C’est touchant, par exemple, de voir Favreau, prendre soin de tous ses acolytes du carré Viger. David Goudreault a déjà dit en entrevue qu’il a une phrase qu’il aime beaucoup : Avoir mal, être bon. Il dit qu’il n’y a rien de plus beau au monde que quelqu’un qui malgré la souffrance arrive à faire le bien pareil, arrive à produire de la beauté pareille. Favreau est l’exemple dans ce roman qui reproduit bien cette phrase. Ce personnage je l’ai adoré dans ce roman.
En plus de cette histoire qui nous chavire et nous montre une réalité inconnue pour la plupart d’entre nous, David en profite pour nous faire réfléchir sur plusieurs enjeux sociaux, injustices, complots, corruptions, qui ont eu lieu à travers les années, au niveau mondial et local. De quoi nous donner la nausée parfois, tellement c’est horrible ce qu’il nous déterre comme informations.
Il a fait une recherche poussée sur le sujet et je me suis moi-même retrouvée à fouiller pour en savoir plus encore sur ce qu’il dénonce. Je connaissais certaines atrocités que j’avais négligemment oubliées. Pour d’autres abominations que j’ai découvertes, je n’y croyais pas. Et pourtant c’est bien vrai. Et il dénonce tout. Que ce soit les horreurs meurtrières commises par Hitler, ou le sadique docteur japonais Ishii, ou encore les complots contre Louis-Ferdinand Céline, ou la décapitation de Samuel Paty en 2020 suite aux mensonges grossiers d’une adolescente malveillante.
Il dénonce autant les manœuvres illégales ou à la limite de la légalité pour le gain du NON en 1995, que les écarts de conduite de Simone de Beauvoir, ou encore comment l’industrie du tabac a continué de s’enrichir et de repousser les poursuites et procès pendant des années, sur le dos des pauvres gens accros à leurs cigarettes.
Mais les dénonciations qui m’ont le plus troublées sont celles qui touchent les satellites de plus en plus puissants et ceux sur les implants cérébraux développés par l’équipe de scientifiques à la solde d’Elon Musk. Tout cela fait bien réfléchir et donne des frissons de peur par moment.
Finalement, j’ai aimé retrouver la plume poétique et musicalement rythmée de mon écrivain fétiche. À plus d’un moment, j’ai pris le temps de m’arrêter pour apprécier un jeu de mots ou une tournure de phrase particulière.
«Ému, Favreau retient l’Atlantique au coin d’une paupière.» «Le cœur ne vaut pas mieux que les pieds, on doit lui piler dessus pour aller de l’avant.»
J’aime que l’auteur nous mette les vérités et l’hypocrisie en pleine face, même si cela nous fait mal et nous culpabilise de l’entendre :
« Au Carré se tiennent les plus coriaces itinérants… En plein centre-ville… ils s’entassent à la vue de tous, invisibles. C’est une excellente manière de se cacher du monde, se mettre dans ses jambes. Imposer sa misère dans le décor. Il n’en faut pas plus pour que ce beau monde détourne le regard. »
Avec ce roman, on n’a pas le choix de voir et de reconnaître ce que ces gens vivent et si cela nous fait réfléchir et peut-être mieux agir envers eux par la suite, ce sera bien tant mieux. En attendant, ce roman est une lecture incontournable.
Travailleur social, romancier et poète, David Goudreault a publié une douzaine de livres. De nombreuses distinctions ponctuent sa carrière, dont la médaille de l’Assemblée nationale, la Coupe du monde de poésie, le Grand prix littéraire Archambault, le Prix des nouvelles voix de la littérature et le prix Clémence-DesRochers.
Mon appréciation de ses livres précédents :
Les lettres attachées : https://lesartsze.com/les-lettres-attachees-une-seconde-vie-aux-superbes-textes-de-david-goudreault-a-lire-et-relire-a-voix-haute/






























































