Nous n’avons pas simplement vu un spectacle ce soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, nous avons assisté à une célébration d’exception, comme on en a rarement vu. Je peux juste imaginer Yann Perreau, le metteur en scène, Antoine Gratton, le directeur musical, et Luce Rozon, la directrice artistique, se retrouver devant une page blanche et dire : « Bon, on doit rendre hommage à Renaud pour ses 50 ans de carrière, comment s’y prend-on ? »
Je pars de là parce que l’auteur-compositeur-interprète est un monstre sacré en France, mais pas aussi connu au Québec. Oui, il y a eu les succès radio « Miss Maggie », « Morgane de toi » ou « Mistral gagnant », mais le phénomène est nettement plus modeste ici, même si la reconnaissance est toujours aussi solide.
Renaud Séchan, dit Renaud, est un monument, caractérisé par sa personnalité de « rebelle tendre ». Son catalogue musical oscille entre engagement féroce et poésie nostalgique. Avec plus de 20 millions d’albums vendus, son style assez unique mélange l’argot de la rue à une immense sensibilité. Alors, nous, Québécois, qui l’admirons également, comment abordons-nous le phénomène sur scène, à notre façon ?
Ce que les créateurs ont décidé de faire, c’est d’installer sur un podium une section de violons à gauche, une section de cuivres à droite et une section rythmique : au total, 35 musiciens de l’Orchestre national de jazz.
Ah, mais Renaud est le défenseur des causes sociales, antimilitaristes et écologistes ; il fustige la bourgeoisie et les injustices. C’est un insoumis. Il ne se complaît pas dans le confort, au contraire, il confronte, il interpelle, il provoque et il est à l’origine d’échanges vifs et musclés. Pourquoi ne pas installer sur scène une guinguette, un café, un bistro populaire où les convives peuvent discuter ?
Donc, une dizaine de petites tables qui accueilleront les artistes qui viennent lui rendre hommage et qui leur permettront de chanter en duo avec les nouveaux venus. Au-dessus de ce bistro, de longues cordes de lumières pour nous rappeler les quartiers français. Pour honorer la personnalité de Renaud, tout se déroule dans un esprit convivial, mais avec une touche d’indiscipline.
Ce spectacle était ni plus ni moins qu’une splendeur
Je vous décris cette mise en scène pour tenter de vous faire comprendre l’ambiance qui régnait dans la salle Wilfrid-Pelletier, devant Renaud, assis dans la première loge. Et je ne vous ai pas encore parlé des artistes qui l’ont chanté. Une longue liste de talents qui ont dû intégrer sa poésie et son phrasé, ce qui n’est pas évident.
Même le chef d’orchestre avec sa baguette, Antoine Gratton, avait une tenue qu’aurait approuvée le rebelle, j’en suis certain : jeans avec un mouchoir rouge dépassant de sa poche arrière et veste sans manches par-dessus un t-shirt. Et la dégaine qu’il avait pour diriger les musiciens de gauche à droite valait le spectacle à elle seule. Les arrangements magistraux qu’il a créés en crescendo, du très doux au plus puissant, étaient majestueux et ont donné à chacune des chansons un nouveau sens.
Pardonnez-moi tous les superlatifs, mais ce spectacle était ni plus ni moins qu’une splendeur, et chaque spectateur, incluant les fans inconditionnels de Renaud, s’est fait servir sur un plateau gigantesque des classiques qui nous ont happé l’âme et le cœur. Personnellement, ça m’a permis de découvrir son répertoire que je connaissais moins.
Qu’est-ce qu’on vient de vivre ce soir ?
En fin de spectacle, je m’attendais à ce que Renaud se joigne aux artistes pour les salutations finales, mais certainement pas à ce qu’il chante « Mistral gagnant » avec Les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Et encore moins qu’il termine en chantant « La tendresse », qu’il a enregistrée en 2022, la seule chanson qui n’est pas de lui, en duo avec notre diva, Diane Dufresne.
En sortant de la salle, dans les yeux des spectateurs, on percevait l’émotion, le bonheur, presque l’incrédulité. On se disait par télépathie : « Qu’est-ce qu’on vient de vivre ce soir ? »
Les artistes qui ont chanté Renaud : Isabelle Boulay, Diane Dufresne, Betty Bonifassi, Daniel Boucher, Émile Bourgault, Édith Butler, France Castel, Luc De Larochellière, Gaële, Antoine Gratton, Keith Kouna, Yann Perreau, Marie-Jo Thério, Mara Tremblay et Édouard Tremblay-Grenier.
Mise en scène : Yann Perreau
Direction artistique : Luce Rozon
Direction musicale : Antoine Gratton
Et l’Orchestre national de jazz
PRODUCTION / DIFFUSION : Agents Doubles Productions
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)































































