Il a connu Aznavour. Il a connu Bécaud. Et du haut de ses « deux fois vingt ans », clin d’œil à Hier encore, il revient chez nous le 18 novembre (1er novembre à Québec) avec, dans ses bagages, les immortelles de la chanson française. Je l’avoue d’emblée : parler avec Ghassan Yammine, c’est ouvrir un album de souvenirs comme on en voit rarement.
Le retour
En 2024, le chanteur et pianiste libanais avait promis au public de la Cinquième salle qu’il reviendrait. Promesse tenue. Il souhaitait cette fois « un endroit symbolique et iconique », et ses producteurs lui ont trouvé la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National. « J’ai hâte! » lance-t-il alors qu’il me parle de son Liban natal. D’ici là, la route sera longue : Québec le 1er novembre, puis Los Angeles, San Francisco, New York, Boston, Toronto et Miami, avant Montréal.
Il sera entouré de quatre musiciens français de haut niveau, complices de deux concerts au Maroc. Et le programme change. Aznavour, certes, mais aussi Piaf, Brel, Bécaud, Montand et Fugain.
« En 2024, je chantais Aznavour avec mes chansons personnelles. J’ai voulu changer pour ne pas revenir avec les mêmes thèmes. » Il tourne d’ailleurs avec trois programmes : purement Aznavour en Belgique, Aznavour et les Légendes en Amérique, et à Paris, le 22 novembre, jour de la fête nationale du Liban, des chansons libanaises et six créations lancées en première.
Le public d’ici
Le Québec l’a marqué. « Le public québécois est chaleureux de nature, pas froid. Il ne met pas de distance avec l’artiste. Il est authentique, sans masque. » Une réactivité qu’il a sentie dès les premières chansons.
Et une surprise : à Montréal, comme au Liban et à Dubaï, près de la moitié de la salle est libanaise. « Ça me touche énormément. J’essaie de porter dans le monde la belle image culturelle du Liban, pas celle de la guerre et des crises. »
Le Québec, terre d’Aznavour
Ce n’est pas un hasard si Montréal lui ouvre les bras. C’est ici qu’Aznavour a connu ses premiers vrais succès, devant un public passionné qui l’a adopté avant bien d’autres. Il était venu en Amérique rejoindre Édith Piaf à New York avec son comparse Pierre Roche, avant de trouver chez nous un public fidèle. Petite confidence : ma mère, Denise, a même fréquenté Pierre Roche à l’époque. J’en garde une photo précieuse.

Le lien ne s’est jamais rompu. Des années plus tard, Aznavour revenait même incognito à Montréal pour visiter son fils Nicolas, alors étudiant à l’Université de Montréal.
Alors quand un nouvel artiste chante Aznavour, le Québec tend l’oreille. Notre Mario Pelchat en sait quelque chose, lui qui a mené une tournée à succès en chantant Aznavour et Bécaud (Pelchat–Aznavour : quand la voix devient mémoire, Un hommage émouvant à Aznavour par Mario Pelchat). Et les hommages se succèdent : Aznavour 100 ans, un spectacle grandiose à Montréal, ou encore des cœurs qui font boom devant un artiste sans précédent.
La loge
L’histoire avec Aznavour commence par un ami commun. « Tu veux rencontrer Aznavour? » Ghassan répond que le grand Charles fait déjà partie de sa famille : ses parents le faisaient jouer depuis qu’il avait quatre ans. Quelques semaines plus tard, pendant une série d’une quarantaine de concerts, le voilà invité dans la loge à l’entracte.
Un petit homme, un immense charisme, une réserve toute professionnelle. Première question du monstre sacré : « Comment va notre Fairouz? » Ghassan fait partie du cercle fermé de la diva libanaise. La glace est brisée, et la conversation durera douze minutes.
Suivront 15 ou 17 rencontres et deux dîners. Je retiens celui-ci : une table libanaise du 16e arrondissement, couronnée d’une Fourchette d’or, réservée par Ghassan lui-même. Quatre heures à parler cuisine libanaise, Arménie et bons vins, jusqu’à minuit et demi. Pas mal comme souvenir…
Un jour, Aznavour lui demande pourquoi il ne chante pas. Le pianiste n’y croit pas. Ironie du destin : quand il se décide enfin, il prépare sa voix pour une émission consacrée à son idole… qui meurt deux jours plus tard le 1er octobre 2018.

La perle
Car Ghassan Yammine est d’abord un musicien de formation : composition, musicologie, une école des arts au Liban et une émission musicale à la télé. À 11 ou 12 ans, il était déjà soliste et directeur de trois chorales.
Mais c’est une chanson pour la fête des mères, chantée à la télé, qui a tout changé. Une grande coach vocale l’entend et l’appelle le jour même : « Tu as une perle dans ta voix dont tu n’es pas conscient. » Il travaille 15 heures par jour? Elle menace de quitter son école s’il ne prend pas de cours. Résultat : trois heures, cinq fois par semaine. « Elle a changé le cours de ma vie. »
Depuis son premier concert à Paris, en mars 2024, c’est l’explosion : plus d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux. « Du jamais vu. » Certains ont même cru à un montage fait avec l’IA… jusqu’à ce qu’ils l’entendent en concert.
Bécaud, à 17 ans
Autre souvenir savoureux. À 17 ans, à Vienne pour une classe de maître de piano, il assiste à un opéra signé Gilbert Bécaud, « un génie sous-estimé ». Il demande à le voir. « Donnez-moi une minute. » Même scénario qu’avec Aznavour : quinze minutes en tête-à-tête avec son idole. Il le reverra au Liban dix ans plus tard.
Le hasard, lui, continue de bien faire les choses. En rentrant de Montréal en 2024, deux semaines avant l’avant-première de Monsieur Aznavour, qui est assis à côté de lui dans l’avion? Grand Corps Malade, qui l’avait découvert sur les réseaux sociaux quelques semaines plus tôt.
Le timbre
Oui, la voix rappelle celle d’Aznavour, et il ne s’en cache pas : une ressemblance naturelle dans le timbre et la musicalité. D’ailleurs, ce n’est pas Aznavour qui l’a relevée, c’est sa coach. Mais il tient à la nuance. « Son style était plutôt linéaire. Le mien est beaucoup plus contrasté. Je travaille les nuances, c’est ma valeur ajoutée. »
Et la suite? Un projet de théâtre musical dont il ne veut rien dévoiler, sinon qu’il fera écho à l’exil arménien d’Aznavour et à l’histoire de son Liban.
Rendez-vous le 18 novembre. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai déjà hâte d’entendre La Bohème!
Aznavour et les Légendes, mercredi 18 novembre 2026 à 20 h, Salle Ludger-Duvernay du Monument-National. Billets de 79,49 $ à 152,97 $ à la Place des Arts.
À Québec : dimanche 1er novembre 2026 à 19 h, au Palais Montcalm. Billets à partir de 60 $ au Palais Montcalm.

























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



















