Présentée hier à la Salle Odyssée de Gatineau, la pièce Âm*, premier texte pour la scène de Kim Thúy, s’est imposée comme une véritable prouesse de mise en scène. L’utilisation évocatrice de l’eau, des quais amovibles et des projections transforme la scène en un espace mouvant, presque organique, qui respire au rythme des émotions.
Chaque élément visuel amplifie à la fois les tensions intérieures et les élans d’espoir des personnages, donnant au récit une matérialité sensible. Cette mise en scène soigneusement pensée par Lorraine Pintal ne fait pas qu’accompagner l’histoire : elle la propulse, en souligne les transitions et en révèle les zones de vulnérabilité, évoquant la fluidité mais aussi l’instabilité propres au parcours migratoire et aux identités en construction.
Des interprétations incarnées et nuancées
Jean-Philippe Perras
La force de l’œuvre repose également sur le jeu habité des comédiens. Jean-Philippe Perras incarne avec justesse Jacques, un avocat qui paraît d’abord très sûr de lui et attaché à ses convictions, mais dont les fragilités dévoilent peu à peu une véritable humanité. Sa capacité à évoluer et à remettre en question ses propres certitudes, portée par son amour pour Ânh, apporte un contrepoint chaleureux à sa réserve initiale.
Cynthia Wu-Maheux
Face à lui, Cynthia Wu-Maheux donne à Ânh, alter ego scénique de Kim Thúy, une présence vibrante. Elle porte le poids du déracinement, les contradictions de l’intégration et la résilience d’une mère cherchant une place pour elle et son fils dans une société encore hésitante à reconnaître pleinement la légitimité des personnes immigrantes.
Les dialogues et interactions tissent ainsi un portrait nuancé d’un Québec en tension, partagé entre désir de vivre-ensemble et contradictions persistantes.
Une représentation sensible de l’autisme
L’autisme occupe lui aussi une place essentielle dans la pièce, traité avec une sensibilité rare. À travers le personnage de l’enfant neuroatypique, interprété avec finesse par le danseur Jimmy Trieu Phong Chung, Âm explore la différence non comme une rupture, mais comme un espace d’apprentissage. Le personnage oscille entre retrait et jaillissement et ses mouvements saccadés répondent à la musique et à l’eau.
Cette gestuelle chorégraphiée par Jocelyne Montpetit, donne au personnage un langage corporel unique et profondément sensoriel.

Une réflexion sur la cohabitation des identités
En abordant à la fois la famille, le couple et la collectivité, Âm ouvre une réflexion plus large sur la cohabitation des identités et les tensions qui façonnent les relations humaines.
Et, fidèle à l’esprit de l’œuvre, le dénouement rappelle qu’au-delà des maladresses et des épreuves, l’amour demeure une force de rassemblement.
Une pièce sensible, ancrée dans le réel, qui célèbre la possibilité de se reconnaître et de s’aimer autrement.
*Ấm est un mot vietnamien qui désigne la chaleur, tandis qu’en français, son homonyme évoque l’âme.
Photos : © Yves Renaud





























































