Pas de doute, les Montréalais aiment la musique et n’ont pas peur de la tempête ! Même si certains médias font peur au monde depuis des jours avec le cocktail météo de l’heure, la Maison symphonique était bien remplie pour le concert tant attendu du Glenn Miller Orchestra. Après avoir été reporté à cause de la pandémie, In the Christmas Mood affichait complet depuis longtemps. 18 musiciens et chanteurs de cet orchestre mythique ont interprété les indémodables Moonlight Serenade, In The Mood, etc, ainsi que des classiques de Noël. Durant près de deux heures, incluant un entracte, la hantise des vents forts et de la poudrerie a cédé la place à la magie du jazz et du swing !
D’entrée de jeu, le producteur du spectacle Didier Morissonneau a su dérider la salle avec quelques anecdotes. Pince-sans-rire, l’homme affirme, entre autres, qu’une spectatrice lui a demandé si Glenn Miller allait être sur scène ! C’est là une façon humoristique de souligner que près de 80 ans après sa mort, ce légendaire chef de big band et sa musique demeurent présents dans l’esprit d’un large public. Le Glenn Miller Orchestra présentait d’ailleurs, ce soir, son quinzième concert en quatorze jours !
Animateur de la soirée, le directeur musical Erik Stabnau s’avère un excellent communicateur. À travers ses présentations des pièces au programme, on redécouvre l’envergure de Glenn Miller. Avec des centaines de concerts et des ventes de disques phénoménales de 1939 à 1943, ce compositeur et tromboniste a réussi à égayer les foules durant ces longues années de guerre. Pendant que les bombes tombaient, on pouvait au moins rêver avec Sentimental Journey ou Tuxedo Junction et même se déhancher sur Chattanooga Choo Choo, etc.
Aujourd’hui encore, le «son Glenn Miller» se distingue, alors que la ligne mélodique principale est, la plupart du temps, jouée par la section de saxophones, avec un vibrato prononcé. Tout ce savoir-faire a été transmis de génération en génération. Trompettistes et saxophonistes s’amènent tour à tour à l’avant-scène pour de brefs solos. Les rythmes sont irrésistibles ! Comment ne pas claquer des doigts sur Pennsylvania 6-5000 ?
Après l’entracte, place aux airs de Noël. Frosty the Snowman, White Christmas, Santa Claus is Coming to Town, etc., sont repris dans des arrangements du style Glenn Miller. Certaines pièces sont chantées, entre autres, par Elise Roth dont la voix n’est pas particulièrement éclatante. Quant à Erik Stabnau, il a lancé sa première chanson, alors que son micro n’a pas été ouvert à temps. Vraisemblablement déstabilisé, l’artiste a éprouvé des problèmes de justesse, ce qui est plutôt décevant de la part du chanteur d’un ensemble précédé d’une telle réputation !
Ce sont là quelques bémols dans une soirée où l’excellent orchestre est la vedette. À certains moment, les musiciens coordonnent leurs mouvements que ce soit pour déployer les longs tubes des trombones à coulisses ou en agitant les sourdines qui atténuent la brillance du son des trompettes. Spectaculaire et amusant ! Un pianiste, un bassiste et un batteur complètent cette équipe d’épatants professionnels !
Quant au répertoire à l’honneur, pas étonnant qu’il demeure bien vivant dans la mémoire collective. On rappellera que Glenn Miller et ses musiciens ont présenté quelque 800 concerts durant la Seconde Guerre mondiale, pour aider au moral des troupes. Après avoir réussi à mettre de la joie dans l’une des crises les plus sombres de l’Histoire, la lumière de cette musique brille toujours ! Alors, un cocktail météo, si corsé soit-il, n’allait pas empêcher les Montréalais de swinger avec le Glenn Miller Orchestra, à l’avant-veille de Noël !
En ce 23 décembre où les écoles étaient fermées pour cause de tempête et où on nous recommandait de rester à la maison, des centaines de mélomanes, dont de nombreux aînés, étaient pourtant au rendez-vous avec un enthousiasme communicatif ! Ils ont d’ailleurs pris le temps d’ovationner généreusement l’orchestre avant de quitter tranquillement la salle, le sourire aux lèvres. Cette douce insouciance ne témoigne-t-elle pas du plaisir qu’on a encore à vivre à Montréal ?
Joyeuses Fêtes à vous tous et longue vie au Glenn Miller Orchestra !
The Glenn Miller Orchestra / In the Christmas Mood
Maison symphonique, 23 décembre 2022
*Photo du Glenn Miller Orchestra et de son directeur musical Erik Stabnau en costume bleu, à gauche.
Crédit : Suzette Paradis


































































