Au tout début de la représentation de ce ballet Hamlet de Robert Lepage, on aperçoit un majestueux prince de la danse, c’est-à-dire Guillaume Côté : il apparaît en tenue de Renaissance écossaise et anglaise, personnage perplexe, alors vêtu en supposé prince-roi de Shakespeare.
Trônant en quasi héros de Geste, sa noble beauté rayonne assisse et pensive, contemplant un lointain avenir appréhendé comme une épreuve redoutée.
Comme spectateur ayant vécu une multitude de représentations théâtrales de Hamlet, c’est la première fois, à ce fort beau théâtre que reste notre Monument national, que j’assiste à ce sensationnel ballet construit en kaléidoscope d’images évocatrices reformant sans relâche d’esthétiques mosaïques multicolores à chaque mouvement chorégraphié ou ombragé à la chinoise, à deux pas de l’Arche du Quartier chinois!
Ce ballet qui a fait le tour du monde et connu un immense succès n’est évidemment plus à vanter quoiqu’il joua tout ce mois de mai à Québec et Montréal ses dilemmes mystérieux de motifs assassins (après une vaste tournée américaine et européenne).
Resouvenance puissante
Ce jeudi 21 mai 2026, j’ai donc retrouvé ce grand danseur-chorégraphe Guillaume Côté.
Mais j’ai été aux prises avec de saisissantes, douloureuses réminiscences que je ne puis taire…
La toute dernière fois que je le contemplai ainsi en grande lumière fut comme danseur-étoile à son retour de ces multiples honorantes invitations à figurer au sein des plus grandes compagnies de ballet de Russie. Quel prestige!
C’était précisément il y a 6 ans 2 mois et 10 jours… à Toronto, un glacial mais marquant mercredi 11 mars 2020 : il dansait la première (qui fut la dernière, forcément… ) de Roméo et Juliette avec le National Ballet.
Nous y avions été invités et j’écrivais ces ultimes lignes avant un décrété silence pandémique de 3 ans. Car le lendemain, le pays entier, en totale panique, ferma tout partout ses salles de spectables pendant deux ans et compliqua encore, sous mille justificatifs, la vie des artistes à masques forcés au moins encore toute une autre année. Pour l’Express j’écrivis, sans me douter du long hiatus à venir, ces lignes:
« Guillaume Côté, étoile célébrissime de la danse, virevolte avec ses partenaires avec la grâce du coeur et l’envol du corps ailé : il n’a cessé de bercer et de porter jusqu’au ciel l’élégante Elena Lobsanova qui brillait de la légèreté de l’innocence d’une enfant de 13 ans. »
Il y a précisément 33 ans, j’écrivais dans L’Express de Toronto, sous le titre Le Ballet national du Canada connaît ses plus belles années, que Natalia Makarova (la plus grande ballerine de l’histoire de la danse avec la légendaire Margot Fonteyn) aux côtés de Fernando Bujones, nous avait offert dans ce même Roméo et Juliette rien de moins que le chef-d’oeuvre de la perfection.
Mercredi soir 11 mars 2020 à Toronto, à la première de ce même ballet perfectionné jusqu’au sublime avec le danseur étoile Guillaume Côté (Roméo) et la danseuse étoile Elena Lobsanova (Juliette), je reproduirais volontiers le même éloge et, pour la compagnie entière, ce qui signifie premiers ou seconds solistes et corps de ballet compris, le même grand titre. »
À part l’erreur quasi sénile d’avoir plutôt vu Makarova et Bujones dans La Veuve Joyeuse par la compagnie alors sous Érik Bruhn — ce qui montre combien l’émotion m’aveugle parfois de méprises, les réminiscences s’empilent.
Greta Hodgkinson
Neuf danseurs fabuleux, de la plus absolue perfection et du plus haut calibre kinesthésique, impeccables de synchronisme, dansent cette incomparable trame musicale de John Gzowski .
À titre d’exemple, pour excuser que je n’entre dans quatre pages d’éloges mérités pour chacun d’eux et d’elles identifiée plus bas, c’est l’autrefois première ballerine absoluta d’ici même- mondialement connue incarnant la reine Gertrude aux côtés de Hamlet — soit l’aérienne Greta Hodgkinson (longuement interviewée par nous avec son conjoint aussi célébrissime danseur dans nos pages en 2018-2019) qui rejaillit en Reine au sein de ce ballet.
Hodgkinson possède un tracé de carrière si fabuleux (eh oui, elle a dansé avec Roberto Bolle) à tel point que chacun peut apprécier d’un clic en ligne via son nom, quel niveau de danse tous et chacun de ces danseurs choisis (Ex-Machina) devaient attendre pour glorifier cette production visuelle, oeuvre de purs génies.
Encore aujourd’hui de tels éloges
Succès fulgurants encore de nos jours pour Côté-Danse Ex-Machina et Robert Lepage, nous revoici donc, en notre reverdie du printemps 2026, avec cette création d’Hamlet…en ballet théâtral ou théâtral ballet nécessitant, de la part des auditeurs de cette fascinante musique une écoute instruite et, requérant certainement, de la part des spectateurs à ces mouvements de danses sublimes magistralement éclairés et illuminés, une connaissance littéraire profonde de l’oeuvre la plus célèbre de William Shakespeare.
Jeux de mots revenus d’oublis
D’ailleurs, en anagramme avec le nom de l’auteur, un affichage cocasse m’est apparu être en un éclair Why I am the ill speaker, shall I? Plus ou moins ça, avec ces lettres on composerait, en fait, le nom de William Shakespeare.
Côté Danse est apparu justement un an après la dernière fois que je le vis danser à Toronto, oui, un an après ce marquant dernier spectacle du Ballet national du 11 mars 2020 où je l’avais vu si majestueux au sommet de sa gloire.
Si le lendemain de cette marquante première, on assassinait métaphoriquement les artistes de la scène comme non essentiels, confinement obligatoire, mesures sanitaires, disette artistique tout partout, tous nos artistes nous sont tous revenus de l’oubli comme Orphée et Eurydice, réapparus comme des spectres d’éternité!
Retour d’une tournée mondiale
Hamlet de Guillaume Côté et Robert Lepage (ExMachina) tel que le présentait le Monument national cette semaine est donc revenu du bout du monde au bercail pour séduire encore le public montréalais — comme depuis son inauguration en 2023 — avec toute sa force évocatrice, quelque dense que soit l’évocation philosophique et politique que projette cette forte oeuvre sanguinaire.
Programme
Mise en scène Robert Lepage
Chorégraphies Guillaume Côté
HAMLET Guillaume Côté
GERTRUDE Sonia Rodriguez et Greta Hodgkinson
CLAUDIUS Robert Glumbek
OPHELIA Carleen Zouboules
LAERTES Lukas Malkowski
HORATIO Natasha Poon Woo
POLONIUS Michel Faigaux
ROSENCRANTZ Jake Poloz et Connor Mitton
GUILDENSTERN Willem Sadler
Photo : Sasha Onyshchenko





























































