Après cinq ans de triomphe à Broadway et dix Tony Awards, la comédie musicale «Moulin Rouge!» est à Montréal jusqu’au 14 juin. Présentée hier soir en Première, cette production flamboyante est un véritable festin pour les yeux et les oreilles. Inspirée du film culte de Baz Luhrmann sans en être une reproduction, elle éblouit par son univers visuel somptueux et sa trame musicale réunissant plus de 70 succès populaires. Une célébration grandiose de l’amour, de la beauté et du spectacle.
À Paris, au tournant du XXe siècle, le jeune poète Christian tombe amoureux de Satine, vedette du Moulin Rouge, alors qu’un puissant Duc tente de la posséder pour lui seul. Malgré les pressions et les obligations de Satine envers le cabaret, les deux amants s’affrontent. Leur histoire inspire un nouveau spectacle au Moulin Rouge, mais la jalousie du duc et la maladie de Satine menacent leur bonheur.
«Moulin Rouge!» brille par sa trame musicale éclectique, qui passe du Cancan d’Offenbach à Lady Gaga, en passant par Elton John et Sia. Les chansons s’enchaînent dans d’habiles mashups, parfois à un rythme effréné, multipliant les clins d’œil musicaux. Le résultat est irrésistible : le public reconnaît, fredonne et se laisse rapidement emporter par l’énergie contagieuse du spectacle.
Arrivez tôt : l’expérience débute avant même l’heure annoncée, alors que les danseurs investissent la scène et plongent la salle dans l’univers du cabaret. Puis, le spectaculaire numéro d’ouverture «Welcome to the Moulin Rouge» frappe fort et donne immédiatement le ton à cette production grandiose.
La mise en scène de Alex Timbers est d’une remarquable précision. Il insuffle cohérence et fluidité à une intrigue qui aurait pu paraître disparate, tout en faisant ressortir avec finesse l’humour du livret. La savoureuse séquence «So Exciting!», où chacun propose sa vision d’un nouveau spectacle, en est un parfait exemple.
Gabriela Carrillo est tout simplement remarquable dans le rôle de Satine. Dès son entrée triomphale sur une balançoire dans «The Sparkling Diamond», elle capte tous les regards. Dotée d’une voix puissante au belting naturel, mais également capable d’une grande délicatesse, notamment dans «Firework», elle livre une interprétation nuancée et captivante. Son jeu habité lui permet de s’imposer avec éclat dans chacune de ses apparitions.

Lors de la première de mardi, Andrew Brewer assurait le rôle de Christian en remplacement de Luke Monday. Une performance si accomplie qu’il était difficile de croire qu’il ne tenait pas habituellement le rôle. Charismatique et doté d’une voix souple, juste et puissante, il charme dès ses premières notes de «The Sound of Music». Dans les derniers tableaux, il livre des moments d’une grande émotion, portés par un beau trémolo dans la voix qui accentue toute la sensibilité de son interprétation.
C’est toutefois lorsque Satine et Christian unissent leurs voix que le spectacle atteint son sommet, porté par des harmonies d’une grande justesse et une alchimie évidente, notamment dans «Your Song». Leur interprétation convaincante rend leur histoire d’amour crédible et émouvante. Le duo «Come What May» en incarne toute l’intensité, tandis que la reprise finale de «Your Song» laisse une empreinte particulièrement touchante.
Robert Petkoff incarne un Harold flamboyant, véritable showman qui orchestre plusieurs des moments les plus entraînants du spectacle avec une énergie contagieuse. À ses côtés, Aaron Finley livre une performance solide dans le rôle du Duc, autant sur le plan vocal que théâtral, campant avec assurance un personnage hautain et prétentieux.
Alex Nicholson et Danny Burgos campent avec conviction les rôles de Toulouse-Lautrec et Santiago. Dotés de solides voix et de personnalités bien définies, ils brillent notamment dans leur trio avec Christian, «Truth Beauty Freedom Love». Toulouse-Lautrec touche par la douceur de «Nature Boy», tandis que Santiago déclenche une salve d’applaudissements à l’ouverture du deuxième acte avec le sensuel «Backstage Romance», porté par une chorégraphie aussi audacieuse qu’impressionnante.
Impossible de passer sous silence les chorégraphies, parmi les grandes forces du spectacle. Du cancan exécuté avec une précision éblouissante aux numéros plus contemporains et audacieux, chaque tableau arrache un effet de surprise. L’exceptionnel «Elephant Love Medley», qui clôt le premier acte, est un véritable tour de force, tout comme l’intensité électrisante de «El Tango de Roxanne».
Les décors somptueux recréent avec faste l’univers du Moulin Rouge, de Montmartre à l’intérieur de l’éléphant géant, en passant par des Champs-Élysées évoquant une toile impressionniste. La célèbre scène du film sur les toits de Paris, avec la Tour Eiffel en toile de fond, est particulièrement réussie. Un éclairage raffiné et des effets visuels impeccablement maîtrisés viennent parfaire l’ensemble.
Les costumes méritent également une mention spéciale. Des tenues flamboyantes du cancan aux élégantes robes d’apparat, chaque création contribue à l’émerveillement. Une véritable fête pour les yeux, riche en couleurs, en textures et en détails.
Avec plus de 70 chansons interprétées par une distribution de haut calibre, l’orchestre démontre une remarquable polyvalence. La sonorisation impressionne par sa puissance et la profondeur de ses graves. L’ajout de musique de fond pendant certaines scènes contribue à renforcer l’impression de regarder un véritable film sur scène.
Quel spectacle! «Moulin Rouge!» est une réussite éclatante à tous les niveaux. Quand on constate le nombre de prix remportés par ses créateurs, ce niveau d’excellence n’a rien d’étonnant. Portée par l’enthousiasme d’un public qui tape des mains, bat la mesure du pied et réserve une ovation debout à la troupe, cette production s’impose comme l’un des spectacles musicaux les plus impressionnants des dernières années. Pour ceux qui aiment ce genre, je recommande fortement.
Les bons coups: chansons, interprètes, mise en scène, décors, costumes, éclairages, orchestre et sonorisation
Équipe de création
Livret: John Logan
Arrangements musicaux: Justin Levine
Mise en scène: Alex Timbers
Chorégraphie: Sonya Tayeh
Décors: Derek McLane
Éclairages: Justin Townsend
Costumes: Catherine Zuber
Maquillages: Sarah Cimino
Perruques/Coiffures: David Brian Brown
Sonorisation: Peter Hylenski
Production musicale: Matt Stine
Distribution
Gabriela Carrillo (Satine), Luke Monday (Christian), Robert Petkoff (Harold), Aaron C. Finley (Duke of Monroth), Alex Nicholson (Toulouse-Lautrec), Danny Burgos (Santiago), Kaitlin Mesh, Jerica Exum, Amara Berhan, Rodney Thompson, Adéa Michelle Sessoms, Daniel Arana, Justina Aveyard, Mateus Barbosa da Silva, Andrew Brewer, Gabriella Burke, Rhys Carr, Grace Conrad, Darius Crenshaw, Nathan Fister, Tommy Gedrich, Collin Heyward, Jordan Fife Hunt, Katie Lombardo, Michał Kołaczkowski, Emerson Majarucon, Connor McRory, Nayah Merisier, Amanda Mitchell, Kenneth Michael Murray, Elyse Niederee, Jimena Flores Sanchez, Byron St. Cyr, Jordan Vasquez, Nicholas De La Vega, Jerald Vincent.
Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts (175 Ste-Catherine Ouest)
Présenté en anglais/français du 9 au 14 juin 2026 à 19h30 (13h sam-dim).
Billets en vente (181$ à 337$) au https://www.placedesarts.com/evenement/moulin-rouge-the-musical
Photos: Matthew Murphy et Evan Zimmerman pour MurphyMade

































































