Chilly Gonzales qui a nous a charmé avec sa musique néoclassique, plus de dix ans avant Alexandra Stréliski et Jean-Michel Blais, est de retour dans sa ville natale pour boucler la boucle. En effet, son spectacle intitulé Solo Piano III puise dans ses trois albums solos.
Quel plaisir de voir ce grand gaillard s’amener dans ses pantoufles, vêtu d’un peignoir et jouer avec simplicité et passion des pièces qui l’ont révélé au grand public, dont : Gogol, Manifesto et Dot qui a même servi de générique d’entrée à l’émission Hors-Champs, présentée sur France Culture.
Professeur moqueur
Après avoir confessé qu’il se sent sous pression de se produire à Montréal, l’artiste se fait rassurant : «I love the pressure !» Passant habilement du français à l’anglais, il nous raconte qu’il va tout mettre en oeuvre pour que nous passions une belle soirée. Par contre, dit-il, j’ai moi-aussi des attentes très élevées à votre égard. «Try not to disappoint each other» (essayons de ne pas nous décevoir), lance-t-il, soulevant l’hilarité générale ! Mais nous comprendrons plus tard qu’il y a du sérieux dans cet avertissement…
En pianiste chevronné qui peut passer du néoclassique au rock, au boogie boogie, etc, il s’amuse à décortiquer ce qu’il appelle les trucs du compositeur Bach («Bach’s tricks»). Selon Chilly, l’illustre Jean-Sébastien a souvent développé un thème, qu’il a simplement rejoué plus à droite sur le clavier, construisant ainsi des oeuvres qui se sont gravées dans les mémoires depuis des siècles. Bach est le père des musiciens modernes, selon lui, car il composait tous les jours et rapidement, sachant comment rejoindre les gens avec sa musique.
De Bach à Drake
Du même souffle, Gonzales nous raconte que le célèbre rappeur Drake a littéralement utilisé sa pièce The tourist (Solo Piano), en la renommant Outro (So far gone). Tout ce qu’il y a de différent, explique-t-il, c’est que ça commence avec le bruit d’éjection d’un bouchon d’une bouteille de champagne. Sachant Chilly contrarié, Drake a finalement ajouté au sujet de Outro : «featuring Chilly Gonzales.» Mais, «How can you feature on your own music?», se demande notre pince-sans-rire. Puis, il joue The tourist, empruntant à son tour à Drake, son bruit d’éjection de bouchon. On se bidonne dans la salle !
Emporté par la foule
Notre homme sera joint sur scène d’abord par Stella Le Page, au violoncelle, le seul instrument, dit-il, dont le piano pourrait être jaloux. À ce sujet, notre professeur narquois explique qu’une fois une note jouée au piano, il est impossible de la rendre langoureuse comme le font les violoncellistes. Puis, Chilly s’excuse d’avance du titre trop facile de la pièce qui va suivre : Cello Gonzales.
C’est avec l’arrivée du batteur Joe Flory que les rythmes se corsent et que le public est sommé de démontrer clairement son enthousiasme, sans quoi le spectacle pourrait bientôt se terminer sagement. Mais, il n’en sera rien, car les fans de l’espiègle showman sont bien déterminés à s’éclater, même si c’est lundi soir. Au total, ça va durer plus de deux heures, sans entracte.
Gonzales carbure aux cris de la foule et se met au bongos (Futuristic). Puis, le rappeur se déchaîne (So called party) et s’offre une généreuse séance de «body surfing». Pas de doute, le musicien qui vit maintenant en Allemagne, a réussi ses retrouvailles avec les Montréalais.
Chilly Gonzales
Solo Piano III
Théâtre St-Denis, 13 et 14 janvier
Grand Théâtre de Québec, 16 janvier
Centre national des Arts, Ottawa, 18 janvier





























































