Le quatrième lundi du mois de janvier serait, selon une formule mathématique dont la fiabilité reste discutable, la journée la plus déprimante de l’année. Une théorie que La Nuit de la Déprime, conçue à partir d’une idée originale de Raphaël Mezrahi, s’emploie à détourner avec brio. Depuis maintenant six éditions, ce rendez-vous singulier transforme la tristesse en matière artistique, offrant au public une soirée où la mélancolie se célèbre avec humour, musique et émotion.
Présenté lundi soir au Théâtre St-Denis, ce spectacle unique, joué une seule fois, s’est imposé comme l’un des événements les plus galvanisants de la saison culturelle. À la barre depuis la toute première édition, Christian Bégin agissait de nouveau à titre de maître de cérémonie.
Son animation, à la fois mordante et rassembleuse, a dressé un portrait peu reluisant de l’année 2025, qu’il a su décortiquer avec une ironie bien sentie. N’hésitant pas à écorcher au passage certains artistes présents, Bégin a une fois de plus démontré sa maîtrise de la satire, notamment lorsqu’il détournait l’actualité politique.
La 6e édition de La Nuit de la Déprime a proposé une distribution éclectique et généreuse : Dany Bédar, Véronique Claveau, Nicola Ciccone, Jeanick Fournier, Giorgia Fumanti, Antoine Gratton, Sophie Grégoire, Léane Labrèche-Dor, Breen LeBoeuf, Yan Perreau, Audrey Simard, Elliot Maginot, Alex Nevsky, Dominic Paquet, Betty Bonifassi et Jean-François Mercier. Une brochette d’artistes réunis autour d’un même fil conducteur : l’émotion brute et assumée.
Dès le début de la soirée, l’ensemble des invités s’est joint à Christian Bégin pour interpréter le classique Et maintenant de Gilbert Bécaud, donnant le ton à ce moment hors du temps.
Plusieurs numéros exclusifs, créés spécialement pour l’événement, ont ensuite marqué la soirée. Jeanick Fournier a livré une interprétation habitée de Vivre dans la nuit du groupe Nuance, tandis que Véronique Claveau a surpris en récitant le poème Soir d’hiver d’Émile Nelligan, avant d’enchaîner avec Hiver maudit (J’haïs l’hiver), l’un des moments les plus marquants de la soirée. Sortant clairement de sa zone de confort, Sophie Grégoire a offert une version touchante de Ma fille de Serge Reggiani.
Parmi les nouveautés de cette édition, un segment projeté sur écran géant a présenté, de façon humoristique, les « disparus » de l’année 2025, avec notamment Pablo Rodriguez en tête de liste, déclenchant de francs éclats de rire dans la salle.
L’humour occupait également une place de choix grâce aux interventions de Dominic Paquet, avec un monologue efficace, et de Jean-François Mercier, qui a entraîné le public dans une projection grinçante de ce que l’avenir pourrait encore réserver de pire.
Pour conclure ce véritable feu roulant d’artistes, Jeanick Fournier et Véronique Claveau ont uni leurs voix sur Le temps est bon de Stéphane Venne, avant qu’un moment chargé d’émotion ne rende hommage à Serge Fiori. Yann Perreau et Breen LeBoeuf ont interpréter Un musicien parmi tant d’autres, dans un silence empreint de respect.
En conclusion, cette 6e édition de La Nuit de la Déprime s’impose comme un franc succès. Un savant équilibre entre humour, musique et émotion, porté par des artistes généreux et un public conquis, confirmant que même la tristesse peut, le temps d’une soirée, devenir un puissant vecteur de rassemblement.






































































