Pour qui aime les films semblables à The Hour, c’est-à-dire ces films au fil chronologique sollicitant une minutieuse attention de l’intelligence humaine, un film à la trame psychologique émouvante, pour ce spectateur-là seulement, le dernier film tant discuté de Xavier Dolan intitulé Ma vie avec John F. Donovan mûrira d’effluves enivrantes au cellier des grands crus cinématographiques.
Il s’agit d’un film qu’il faut voir deux fois pour s’y acclimater tellement il comporte de beautés suggestives en des images déroulées en flashback. S’y déploie une grâce dramaturgique imputable au faciès expressif de comédien(ne)s remarquables. À travers l’extraordinaire faciès du jeune acteur-enfant Jacob Tremblay jouant le jeune Rupert Turner, Xavier Dolan y expose ses thèmes préférés et constants: ceux de la violence psychologique des rapports mère-fils, le rejet des pairs, l’incompréhension des figures d’autorité incompétente et bien sûr l’homophobie du placard obligé dans le milieu scolaire.
En plus, rien pour flatter Hollywood, l’hypocrisie du cinéma, de la télé et des comédiens tyrannisés par leur image emprisonnante car ils restent toujours affolés de perdre l’amour et l’admiration ou l’estime du public… C’est une histoire au déroulement chronologique complexe qui a dû causer un casse-tête d’assemblage et de montages des scènes (l’exclusion décidée de Jessica Chastain et de son rôle en toutes ses scènes). Le résultat reste euphorisant, malgré les reviviscences pour quiconque a dû endurer ou observer la bêtise grégaire des homophobes en milieu scolaire.
Dolan magnifie le rêve d’un enfant qui se réalise grâce à un modèle devenu anti-modèle mais source d’inspiration tout de même. Ce film ne sera pas distribué aux États-Unis mais aperçu dans les salles de cinéma alternatives sauf en France et au Québec où sa diffusion restera large.
On y retrouve Kit Harrington dans le rôle central du comédien qui inspirerait l’enfant peu ordinaire. Aux scènes amoureuses aux côtés du visage sublime de Chris Zylka. Harrington est loin de la beauté rarissime d’un Clark Gable. L’acteur vraiment retentissant du film de Dolan est le jeune Jacob Tremblay incarnant l’enfant Rupert Turner soit l’inspiré : on retrouverait un calque de relation épistolaire entre l’amant et l’aimé tiré du Banquet de Platon mais sous des rapports modernes d’instruction et de direction sentimentale.
Susan Sarandon dans le rôle de la mère du comédien suicidaire est remplie de cette révolte psychologique d’incompréhension mutuelle mère-fils ou vice-versa. Il y a aussi le rôle de la mère du jeune Rupert qui est joué magistralement par Natalie Portman. Kathy Bates joue un rôle de gérante sans affect. Au secours de Jon Donovan, l’irréprochable Jared Keeso campant le frère compréhensif est souvent touchant. Le rôle de Rupert Turner plus âgé racontant à une journaliste son cheminement artistique inspiré par John F. Donovan est joué par un adroit Ben Schnetzer.
Être soi-même et espérer plus que l’argent ou l’amour ou la gloire, c’est-à-dire espérer la vérité et non une feinte par apparences triomphales, voilà le souhait en exergue du film de Dolan… cinéaste toujours lui-même au sein de tous ses films et de toute sa vie, même intime. Being one’s secret crush is just not who I am… signifie en somme de ne pas se cacher pour aimer ouvertement, dialoguer franchement ou savoir écrire fidèlement et avec coeur. Ce film est trop désespéré et dramatique pour la légèreté frivole du public américain fort entretenue par les studios d’Hollywood.




























































