Dès son entrée sur la scène du chaleureux Théâtre Desjardins à Ville LaSalle, Vladimir Kornéev impose une présence qui capte l’attention. Accompagné du pianiste québécois Guillaume Martineau avec qui, dit-il, il a l’impression de travailler « depuis dix ans » malgré une rencontre récente, l’artiste d’origine géorgienne emplit l’espace de son charisme. Ensemble, ils ouvrent une soirée de deux heures consacrée à la vie tumultueuse d’Édith Piaf, depuis son enfance pauvre jusqu’à ses amours, ses drames, ses accidents et sa mort.
Un artiste qui devient son sujet
Kornéev habite Piaf. Baryton au contrôle vocal stupéfiant, il engage tout son corps dans chacune des chansons, faisant de chaque geste, chaque souffle, un vecteur dramatique. En prime, l’artiste de 38 ans affiche une forme physique exemplaire : gym, yoga et capoéira brésilienne dont il nous fera une courte démonstration.
Que l’on connaisse bien la version originale d’une chanson ou non importe peu : Kornéev s’approprie chaque pièce et la transforme, y insufflant sa sensibilité de poète et d’homme marqué par l’exil.
Arrivé en Allemagne à l’âge de six ans après avoir quitté sa Géorgie natale en pleine guerre, l’artiste tisse plusieurs parallèles entre son parcours et celui de Piaf. Il raconte ces moments fondateurs avec une sincérité désarmante… en français, qu’il n’a commencé à apprendre qu’il y a deux ans et demi. L’exploit est remarquable : aucune béquille, aucun téléprompteur. Juste la langue, la mémoire, un fort accent, et un désir profond de transmettre.
Un répertoire revisité avec émotion
Les classiques de Piaf se succèdent : Mon Dieu, La Vie en rose, ou encore À quoi ça sert l’amour revisité dans une version jazzée étonnante. Les frissons viendront quand Kornéev livre L’Hymne à l’amour, qu’il réinvente du premier au dernier mot pour en faire une déclaration personnelle.
Sa capacité à moduler les émotions, douleur, passion, joie, désespoir, donne aux chansons une ultime profondeur. D’ailleurs, à regarder le public, littéralement suspendu à ses lèvres, on sait qu’on assiste à un spectacle inhabituel.
Une incursion chez Aznavour
Bien que le spectacle soit dédié à Piaf, Kornéev s’autorise un détour par Charles Aznavour avec un Comme ils disent intense, créé en 1972, bien après la mort de la Môme, alors qu’Aznavour avait déjà écrit plusieurs chansons durant sa vie.
Il évoque ainsi Louis Leplée, celui qui découvre Édith Gassion en 1935, la sort de la rue et lui donne le nom « La Môme Piaf ». Figure des nuits parisiennes, de la subculture homosexuelle et directeur du Gerny’s, Leplée sera assassiné l’année suivante, ajoutant au destin tragique qui entoure la naissance du mythe Piaf.
Pourquoi Piaf ?
Pour Kornéev, Piaf est un héritage intime. Sa famille lui a offert un album de la chanteuse lorsqu’il était très jeune, et à 25 ans, il a lui-même traversé un amour dévastateur qui résonne avec celui de la Môme.
Il rappelle aussi le destin tragique de Piaf, minée par la maladie, le cancer, l’arthrose et un foie détruit et l’extraordinaire ferveur qu’elle a continué de susciter jusqu’à la fin : près de 100 000 personnes ont assisté à ses funérailles. C’est dans ce contexte chargé d’émotion que Kornéev enchaîne avec La Foule, une chanson bouleversante, qu’il relie à cette marée humaine venue lui rendre hommage une dernière fois.
Une finale tout en douceur et en maîtrise
En rappel, Kornéev étonne une dernière fois en s’installant au piano pour offrir « Non, je ne regrette rien ». Une interprétation dépouillée, presque fragile, qui confirme que l’artiste est non seulement un chanteur habité, mais aussi un pianiste talentueux.
Kornéev sera également de la distribution du spectacle de Noël Parapapam (26-28 décembre), produit comme ce solo par Les Agents Doubles, qui accompagnent l’artiste dans ces deux aventures scéniques.
Photo : Barbara Braun
Dates et billets ici : Vladimir Korneev
Programmation du Théâtre Desjardins





























































