Hier soir, le public du Théâtre Jean-Duceppe a vécu un moment de précision théâtrale unique. Mani Soleymanlou, l’auteur et acteur d’origine iranienne, est reconnu pour son regard acéré sur notre société et sa capacité unique à mettre à nu la complexité de l’âme humaine. Avec sa nouvelle création Zéro, il revient au point mort : sefr, le vide d’où tout commence.
Un tour de force physique et comique
Dès l’instant où Soleymanlou entre en scène, l’espace devient électrique. Sa présence physique est impressionnante ; il utilise son corps comme un instrument capable de basculer sans effort entre une multitude d’émotions et de personnages. Le plus admirable reste son talent pour changer de rôle en une fraction de seconde. Il est simultanément le fils qui questionne, le père qui se tait, et l’artiste qui décortique son propre métier.
Son humour est, à cet égard, son arme la plus affûtée. Avec une autodérision virtuose, il joue des paradoxes de son existence d’immigrant, suspendu entre deux cultures. Il cogne avec justesse sur les préjugés et les clichés, mais le fait avec un charme qui conquiert immédiatement la salle. Tout au long de la soirée, les éclats de rire massifs ont déferlé sur le théâtre ; Soleymanlou sait mieux que quiconque que l’humour est le chemin le plus court vers la vérité.
La puissance du vide
En persan comme en arabe, sefr désigne le néant. Mais dans ce spectacle, ce vide n’est pas une fin en soi, c’est au contraire un point de départ fertile. La pièce navigue avec agilité entre l’histoire de son père et l’avenir de son propre fils. Que transmettons-nous ? Il pose la question fondamentale : « Pourquoi raconte-t-on des histoires, et pour qui ? ». Il évite les pièges habituels des débats identitaires pour choisir résolument la nuance.
Un accord final tonitruant
La soirée s’est conclue par une ovation debout foudroyante. Le public, touché par sa sincérité et électrisé par son énergie, a applaudi de longues minutes durant. C’était la reconnaissance d’un artiste qui se donne corps et âme, littéralement et figuratvement, pour nous tendre un miroir.
En résumé : Mani Soleymanlou prouve avec ZÉRO que le point zéro n’est pas vide, mais qu’il déborde au contraire de sens. C’est une performance magistrale, physique et surtout profondément humaine. Un triomphe absolu qui nous fait rire de nos propres travers tout en nous poussant à réfléchir sur ce qui nous lie réellement.
Pour assister à la pièce Zéro de Mani Soleymanlou, vous pouvez réserver vos places de plusieurs façons :
Sur le site officiel du théâtre : duceppe.com ou via placedesarts.com.






























































