Il y a des voix qu’on découvre par hasard et qui ne nous quittent plus. Celle de Giorgia Fumanti est de celles-là. La soprano italo-québécoise lance ce vendredi Jardin enchanté, son 14e album, et le présentera en concert le dimanche 22 novembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Une salle déjà presque comble, signe d’un public fidèle qui la suit depuis plus de 20 ans.
Je l’ai jointe au téléphone à quelques jours de ce rendez-vous. Au bout du fil, une voix d’une grande douceur, qui parle de musique comme d’autres parlent de prière.
La grand-maman
Pourquoi Jardin enchanté? La réponse remonte à l’enfance, à Aulla, en Toscane. Petite, Giorgia avait des problèmes de santé et c’est sa grand-mère qui prenait soin d’elle. Pour l’endormir et la calmer, elle chantait.
« Certaines musiques étaient pour moi un lieu, un moment enchanté, un peu magique, qui m’a aidée à traverser des moments difficiles. Quand je faisais des cauchemars, la musique me transportait dans une autre dimension. »
Cette grand-maman avait connu deux guerres et une vie très dure. Elle chantait aux mariages, seuls moments d’amour et de plaisir qu’elle s’accordait. C’est par elle que la petite fille a découvert la musique.
Elle est décédée en 2002, au moment où Giorgia quittait l’Italie pour enregistrer son premier album. Avant de partir, la jeune femme lui a annoncé qu’elle serait chanteuse. « Ses yeux se sont illuminés. Je sais qu’il y a quelque chose de très profond dans cette magie. »

La voix cachée
Rien ne la destinait pourtant à la scène. Ses parents travaillaient fort dans le commerce et lui déconseillaient le métier d’artiste. Giorgia, elle, était une adolescente timide, insécure, qui ignorait tout de sa voix.
Tout bascule à 17 ans. Inscrite à la chorale d’enfants de l’église pour accompagner le catéchisme, elle apprend que la chorale cherche des voix. Le chef lui demande de chanter seule. « Cette voix de tête est sortie. » Il reconnaît aussitôt une voix classique naturelle et, trois mois plus tard, la jeune fille est soliste aux concerts de Noël. « C’était très facile pour moi d’entendre la musique et de chanter. Je ne savais pas comment, mais mon corps le faisait. »
Ni avocate ni diva
À 19 ans, elle entre à l’université en droit. Mais l’appel de la voix est plus fort que celui du barreau, et elle bifurque vers le Conservatoire Arrigo Boito de Parme. L’opéra? Très peu pour elle. « J’ai besoin d’exprimer ma créativité. Je compose des chansons. J’ai besoin d’interpréter de vraies émotions, pas des personnages. L’opéra, c’était trop une cage pour moi. »
Elle trouve sa place dans le crossover, à l’instar d’Andrea Bocelli et de Sarah Brightman : une voix classique au service de chansons populaires. Une musique universelle, dit-elle, qui l’a menée en Chine, au Japon, en Corée du Sud et au Mexique, et qu’elle chante en italien, en français, en anglais, mais aussi en espagnol et en chinois. Comment choisit-elle une chanson à faire sienne, qu’il s’agisse de Cohen, de Sting ou de Morricone? « Par amour. Je ne suis pas trop cérébrale. C’est l’émotion, la douceur, le message. »
Au fil des ans, elle a partagé la scène avec Pavarotti, José Carreras et Michael Bolton, avec le Chœur de l’Armée rouge, et chez nous avec Nanette Workman, Natalie Choquette et Marie-Denise Pelletier.
Le choix du Québec
Quand elle arrive au Canada, en 2003, Giorgia parle à peine français. Elle signe avec une maison de disques de New York, mais l’homme qui change tout, c’est Maurice Velenosi. Producteur, professeur d’université, à la tête d’une maison de disques indépendante depuis 40 ans, il a travaillé avec Mitsou et les BB. « C’est la première personne qui a cru en moi, qui a voulu utiliser ma voix classique pour chanter. » Il est devenu son gérant, puis son mari.
Le couple a beaucoup voyagé, mais au moment de fonder une famille, le choix s’est imposé. « Pour grandir des enfants, le Canada et le Québec, c’est la meilleure place au monde. Pour le travail, pour les droits des femmes. » Elle l’avoue sans détour : sa carrière serait sans doute plus payante en Chine. Elle a choisi le Québec.
Aujourd’hui mère de quatre enfants, dont une fille adoptée en Chine et un garçon de six ans et demi qu’elle accueille en vue de l’adopter, elle connaît de près des histoires très douloureuses. La musique y prend encore plus d’importance. « Chanter, c’est le bonheur total. »

Le concert
Sur scène, Jardin enchanté sera une célébration. Giorgia puisera quelques chansons dans chacun de ses albums, les grands classiques comme les nouveautés. Elle sera entourée de quatre musiciens, puis rejointe en deuxième partie par 40 choristes, un clin d’œil à la chorale où tout a commencé. Un invité spécial viendra chanter avec elle Il était une fois dans l’Ouest, La vie en rose et Alleluia.
Après 25 ans de carrière, 14 albums et des millions d’écoutes, elle reste lucide. « Il y a encore beaucoup de gens qui ne me connaissent pas. Mais il y a un grand public qui écoute la musique. »
Un baume
Toute jeune, Giorgia rêvait d’être travailleuse sociale. Elle a travaillé auprès de personnes handicapées et ne s’en est jamais éloignée : elle a été porte-parole de l’AMEIPH et ambassadrice de l’Association de paralysie cérébrale du Québec. « Ça me nourrissait beaucoup. On apprend énormément à travers ces personnes. »
Que souhaite-t-elle que nous ressentions en sortant de la salle le 22 novembre? Pleurer, peut-être. Je peux en témoigner : quand je l’ai entendue chanter à la conférence de presse matinale de Parapapam, spectacle de Noël auquel elle participe cette année, j’ai dû retenir mes larmes, tant cette voix de soprano nous va droit au cœur. À côté de moi, une dame pleurait. Un moment assez exceptionnel.
« La musique, c’est quelque chose au-delà, qu’on ne peut pas expliquer. Un baume, une prière, une magie. Une médecine des émotions qui nous fait du bien. » Et elle confie, tout bas, une prière : vivre encore 25 ans de musique aux côtés de Maurice, celui qui a cru en elle dès le départ, malgré la grande différence d’âge qui les sépare.
La petite fille que sa grand-maman berçait en chantant a bouclé la boucle. Allez la voir, vous en sortirez le cœur plus léger!
En pratique
- Jardin enchanté, dimanche 22 novembre 2026 à 15 h, Cinquième Salle de la Place des Arts
- Billets : 63,50 $ taxes et frais inclus; tarifs étudiants et aînés
- Durée : 1 h 30 sans entracte
- Production : Agents Doubles Productions
- Giorgia sera aussi à Sainte-Agathe-des-Monts le 6 décembre pour son concert de Noël


























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




















