Ma première séance photo avec Elyzabeth Diaga remonte à plus de vingt ans. Je travaillais alors pour le magazine 7 Jours quand j’ai photographié la pochette de son premier album. La séance avait été un vrai plaisir, le résultat avait plu et, de fil en aiguille, je me suis retrouvé derrière l’objectif pour le deuxième.
Un peu plus tard, je suis allé la voir sur scène pour la première fois, à L’Assomption. J’avais apporté mon appareil sans commande de personne, pour le seul plaisir de la saisir en mouvement. Puis elle est partie pour Las Vegas, et le Québec l’a quelque peu perdue de vue.
Là-bas, pourtant, elle se taillait une place enviable : son spectacle a été nommé meilleur spectacle de l’année, et le Las Vegas Review-Journal lui a décerné le titre de Best Tribute Show. Rares sont les artistes canadiennes qui peuvent dire avoir tenu une résidence sur la Strip, dans la ville où se produisaient aussi Céline Dion et Shania Twain.
Le 31 octobre, au Studio St-Denis, Elyzabeth Diaga présentait la toute dernière représentation de la version signature de Queens of Rock, la revue qu’elle a créée en 2013 et qui compte plus de 200 représentations à Las Vegas.

Pour cette grande finale, la salle s’est transformée en écrin immersif. Une gigantesque projection à 360 degrés enveloppe le public de toutes parts, les costumes rivalisent d’éclat, la mise en scène voit grand. L’effet est saisissant, et j’ai eu la surprise de reconnaître une de mes photos sur l’un des murs. Soir d’Halloween oblige, le public était invité à venir costumé.
Queens of Rock n’est pas un spectacle de chansons originales. C’est un hommage aux femmes qui ont fait le rock, de Heart à Lady Gaga, en passant par Joan Jett, Pat Benatar, Alanis Morissette et Diane Dufresne. Ce qui me touche chez Elyzabeth, c’est qu’elle sait que le rock’n’roll ne se résume pas aux grandes vedettes qu’on connaît. Elle remonte jusqu’au rockabilly et salue celles qui ont tout initié, comme Sister Rosetta Tharpe, qui faisait déjà rugir sa guitare bien avant que le rock ne devienne une affaire de stades. On a tendance à l’oublier. Elle, non.
Photographier Elyzabeth Diaga est à la fois un bonheur et un casse-tête. Elle ne tient pas en place.
Et puis il y a la voix. Chanter Janis Joplin n’est pas à la portée du premier venu. S’attaquer à Oxygène de Diane Dufresne non plus. Elyzabeth a le coffre qu’il faut, et elle ne triche jamais. Même chose pour Zombie des Cranberries, qu’elle est capable d’accoter de bout en bout avec une puissance qui fait vibrer la salle jusqu’au dernier rang. Le répertoire passe ainsi du rock classique au contemporain, de Barracuda de Heart à Sweet Dreams, avec une aisance remarquable. Elle est entourée de musiciens hors pair qui forment un vrai groupe de rock, solide et soudé, capable de suivre son énergie sans jamais perdre le fil.
Photographier Elyzabeth Diaga est à la fois un bonheur et un casse-tête. Elle ne tient pas en place. Elle court d’un bout à l’autre de la scène, invite un spectateur à monter la rejoindre, se lance dans des selfies avec le public en pleine chanson. J’ai pris près de 500 photos pendant la soirée, et le plus difficile reste devant moi : choisir. Tout bouge, tout raconte quelque chose.
Voir les photos du spectacle.
Au-delà de l’énergie, ce qui reste, c’est la palette d’émotions. Elyzabeth est d’une grande générosité envers son public, toujours disponible, toujours tournée vers les gens. Elle peut passer d’un cri rock à des larmes bien réelles. Derrière la rockeuse, il y a un bel être humain. Son public le lui rend bien. Dans la salle, des têtes blanches côtoyaient des spectateurs de 35 à 60 ans, un public varié et fidèle qui connaît les refrains par cœur.
Les rockeuses de ce calibre ne courent pas les rues au Québec. Elyzabeth Diaga a pris le temps de bâtir Queens of Rock, elle a roulé sa bosse avec d’autres groupes avant de porter son propre spectacle, et ça s’entend. Si cette version signature tire aujourd’hui sa révérence après treize ans de route, j’ose croire que ce n’est pas la dernière fois que je la verrai dans mon viseur. Vingt ans après ces premières pochettes, elle m’a encore donné envie d’appuyer sur le déclencheur.
©Georges Dutil


























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



















