Je suis entrée à la salle Wilfrid-Pelletier avec une certaine émotion. Voir Blue Rodeo célébrer quarante ans de carrière, ce n’est pas anodin. Ce groupe fait partie de ces rares formations dont la musique nous accompagne sans qu’on s’en rende compte, s’infiltrant dans les moments importants comme dans les instants plus ordinaires. Hier soir, j’ai vécu une rencontre bien vivante avec un groupe qui n’a rien perdu de sa raison d’être.
La soirée a débuté avec Adam Baldwin, auteur-compositeur-interprète néo-écossais à l’écriture franche et directe. Sa présence a installé une atmosphère dépouillée et honnête, une mise en bouche parfaite pour ce qui allait suivre.
J’ai entendu bien plus que des chansons
Dès les premières notes de « How Long », j’ai compris que Blue Rodeo n’allait pas se contenter de jouer ses succès les plus évidents. Ce choix m’a touché. Entendre « Nice Try », « New Morning Sun » ou encore « Side Of The Road » m’a donné l’impression que le groupe s’adressait directement à ceux qui connaissent ces chansons par cœur, mais qui ne les entendent presque jamais en concert.
Ce sont précisément ces moments qui m’ont le plus marqué. Jim Cuddy, lumineux et rassembleur, m’a ému avec une version délicate de « New Morning Sun », tandis que Greg Keelor, toujours un peu à contre-courant, m’a happé avec « Side Of The Road », une pièce qui, hier soir, m’a semblé suspendre le temps.
J’ai chanté, j’ai souri, j’ai écouté
Plus la soirée avançait, plus la salle devenait un chœur. Je me suis surpris à chanter « Diamond Mine », « Til I Am Myself Again » et « Hasn’t Hit Me Yet » avec des inconnus autour de moi, comme si nous partagions tous la même mémoire musicale. La force de Blue Rodeo est là : créer un sentiment d’appartenance sans jamais forcer l’émotion.
Musicalement, le groupe était irréprochable. Bazil Donovan, Glenn Milchem, Michael Boguski, Colin Cripps et Jimmy Bowskill forment un ensemble d’une précision remarquable, capable de soutenir la fragilité d’une ballade comme l’élan d’un hymne sans jamais écraser les chansons.
Ce que je retiens surtout
Lors du rappel, « Try » m’a rappelé à quel point la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Blue Rodeo. Puis « Lost Together », partagée avec Adam Baldwin, a scellé ce moment de communion totale. À ce stade, je n’analysais plus vraiment : je ressentais.
Ce que je retiens avant tout de cette soirée, c’est la relation entre Greg Keelor et Jim Cuddy. Après quarante ans, leur complicité est intacte. Je les ai vus s’observer, s’écouter, se sourire. Leurs voix s’entrelacent avec une naturel désarmant, comme si elles avaient toujours été destinées à se répondre.
En quittant la salle, je me suis dit que Blue Rodeo ne joue pas seulement des chansons : il raconte une partie de mon histoire, et sans doute de celle de bien d’autres. Ce concert m’a confirmé une chose : leur musique ne vieillit pas. Elle évolue avec nous.
Et si cette tournée célèbre quarante ans de carrière, moi, j’ai surtout eu l’impression d’assister à quelque chose de toujours en mouvement. Une route qui continue. Et que j’ai encore envie de suivre.
Photo : Heather Pollock



































































