« Mourir, dormir, rêver peut-être… »
Plus de 400 ans après sa création, la question existentielle d’Hamlet résonne toujours avec une acuité troublante, particulièrement dans notre époque où le mensonge et l’usurpation semblent régner. La mise en scène d’Angela Konrad à l’Usine C nous plonge au cœur de cette quête intemporelle de vérité, propulsant le drame shakespearien sur une scène résolument contemporaine.
Dès les premières minutes, le spectateur est happé par l’atmosphère oppressante qui entoure le jeune prince. La mort prématurée de son père, le remariage précipité de sa mère Gertrude avec son oncle Claudius, tout conspire à plonger Hamlet dans un chagrin sans fond.
Lorsque le fantôme paternel surgit pour révéler l’assassinat odieux, la soif de vengeance d’Hamlet se mue en une quête obsessionnelle de la vérité, prête à consumer tout sur son passage.
Angela Konrad nous offre un écrin blanc et dépouillé où le texte prend toute sa puissance. Ce minimalisme scénique, loin d’appauvrir le propos, le magnifie en focalisant notre attention sur les tourments intérieurs des personnages.
La trame sonore résolument rock vient souligner avec brio l’agitation d’Hamlet, ses doutes et sa rage. L’intégration de caméras filmant les coulisses agit comme des yeux indiscrets sur l’arrière-scène, révélant la face cachée, le « derrière les apparences » de ce monde factice que Hamlet cherche à percer.
La distribution est parfaitement à la hauteur de l’enjeu. Céline Bonnier, dans le rôle-titre, est tout simplement magnétique. Elle insuffle à Hamlet une intensité androgyne et une vulnérabilité brute, naviguant avec une maîtrise fascinante entre la folie feinte et le désespoir réel.
À ses côtés, Kevin McCoy incarne un Claudius à la stature imposante ; sa froide ambition et son charisme manipulateur ancrent parfaitement le drame dans une réalité politique implacable.
Marie-Thérèse Fortin campe une Gertrude délicieusement dépravée, ambiguë et déchirante, tandis que Jean Marchand, en Polonius, manœuvre avec habileté entre duplicité et tragique.
Marie-Line Mwabi Bouthillette nous offre une Ophélie à la fois fragile et incandescente, dont le basculement apporte une humanité déchirante à l’ensemble. Enfin, Maxime Robin s’en tire admirablement dans les rôles multiples des amis du prince, apportant une touche de légèreté bienvenue dans ce tableau sombre.
Cette adaptation condensée du texte shakespearien conserve l’essence du récit tout en le rendant accessible et percutant pour un public contemporain.
En mettant en exergue la quête de vérité d’un prince qui évolue dans un monde corrompu, Angela Konrad nous invite à une réflexion profonde sur notre propre capacité à agir face au dysfonctionnement sociétal. Faut-il se résigner, fuir, ou au contraire, se lever et réclamer la vérité? La question reste en suspens, résonnant longtemps après le salut final.
En bref, un Hamlet à l’Usine C qui réussit à nous interpeller avec une force renouvelée, offrant une plongée captivante dans les méandres d’une âme tourmentée et d’un monde qui, plus que jamais, a besoin de lumière.
Photo : Patrice Tremblay
HAMLET
D’après Shakespeare + Angela Konrad
À l’Usine C jusqu’au 21 février
https://usine-c.com/spectacle/hamlet



























































