C’est avec une émotion toute particulière que j’ai fait cette entrevue avec l’auteur Luc Bertrand et plongé dans les pages de l’ouvrage Pierre Lalonde : une vie extraordinaire. Pierre Lalonde a, d’une certaine manière, bercé mes propres souvenirs. Bon ami de mon père, il venait régulièrement chez nous après l’animation de Jeunesse d’aujourd’hui pour partager le repas et le bon vin, ne manquant jamais de m’apporter une pile de disques. Le lendemain, le dimanche, nous nous retrouvions chez lui, à Sainte-Marguerite, au milieu de ses chiens et de ses amis qui comptaient parmi les grandes vedettes de l’époque. Mon père a également partagé avec lui de beaux moments de voyage, notamment à Puerto Vallarta. Nous le visitions en Floride. C’est donc avec le regard de celle qui a entrevu l’homme derrière l’idole que je vous invite à découvrir ce magnifique portrait signé Luc Bertrand.
Pourquoi consacrer une biographie à Pierre Lalonde aujourd’hui, exactement 10 ans après son décès? Pour l’auteur Luc Bertrand, la réponse est simple : personne ne l’avait fait. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dès 1994, alors que le chanteur effectuait un retour marqué sur scène et sur disque, l’écrivain l’avait approché.
« Je lui ai parlé deux fois au téléphone, mais il n’était pas intéressé. Je n’ai jamais su pourquoi, peut-être sentait-il que ce n’était pas nécessaire à sa carrière à ce moment-là », confie l’auteur avec un brin de regret.
Il aura fallu attendre 2022, quelques années après le décès de la star en 2016, pour que le projet renaisse. Après avoir contacté Jean-Pierre, le fils de Pierre Lalonde, une entente est conclue en 2023 avec la famille. Pour Luc Bertrand, l’accord des proches était primordial : « Ce n’est pas ma tactique d’écrire sans autorisation. J’aimais Pierre Lalonde, sa musique évocatrice des années 60, sa joie de vivre et sa simplicité. »
« Je lui ai parlé deux fois au téléphone,
mais il n’était pas intéressé »,
admet Luc Bertrand
En fait, la publication de ce livre coïncide avec le dixième anniversaire de sa mort.
Un travail de bénédictin
Pendant plus de deux ans, l’auteur s’est plongé dans une recherche exhaustive. Outre les entretiens précieux avec la famille (Clare, Jean-Pierre et Marie), il a fallu fouiller les archives nationales du Québec. « J’ai sorti des milliers d’articles. C’est la base de sa carrière. J’ai voulu bâtir une structure chronologique pour en faire ressortir le contenu humain. »
Une enfance loin des projecteurs
L’un des aspects les plus touchants du livre est sans doute la révélation sur la jeunesse de Pierre Lalonde. Derrière l’image de la grande vedette se cache un enfant qui travaillait déjà à 5 ou 6 ans dans des radio-romans (CKVL, CKAC) pour faire vivre sa famille. Après le départ de son père en 1947, les Lalonde se retrouvent dans une situation financière précaire.
« Il n’en parlait jamais avec enthousiasme. C’était une enfance dure, dont il n’a parlé que vers la fin de sa vie. Même ses propres enfants n’étaient pas au courant de tout ; c’est Clare qui les a sensibilisés à cette réalité », explique Luc Bertrand. Pierre Lalonde n’est pas devenu une star par ambition démesurée, mais par nécessité pécuniaire.
De New York à la reconquête du français
Après une adolescence passée à Long Island avec sa mère, Pierre revient au Québec à 18 ans. Sous l’influence positive de son beau-père Charlie Bennett, il reprend contact avec son père, Jean Lalonde, propriétaire de CKJL à Saint-Jérôme. Paradoxalement, celui qui allait devenir l’icône de la jeunesse québécoise parlait alors très mal le français. C’est à la radio qu’il a réappris sa langue maternelle, un moment charnière qu’il appelait sa « deuxième entrée » dans la vie.
Entre insécurité et valeurs familiales
En analysant ses notes biographiques, Luc Bertrand a découvert un homme bien différent de l’image publique.
« Contrairement à l’image d’arrogance que certains lui prêtaient, c’était un homme insécure qui avait vécu la pauvreté très jeune. C’était quelqu’un de très « terre à terre », avec des valeurs familiales qui ne l’ont jamais quitté.»
L’auteur revient aussi sur la controverse de son passage aux États-Unis sous le nom de Peter Martin. Luc Bertrand remet les pendules à l’heure : ce n’était pas son choix, mais une exigence des producteurs américains. Malgré les critiques de l’élite nationaliste de l’époque, Pierre est toujours resté un fervent défenseur de la chanson francophone.
La fin d’un voyage
Le livre aborde avec pudeur la maladie et les dernières années de l’artiste. Victime de deux graves accidents de voiture dont il a gardé des séquelles, Pierre a affronté la fin de sa vie avec le soutien indéfectible de sa famille. L’auteur relate un passage poignant : lors de son dernier échange avec son fils Jean-Pierre, une larme a coulé sur la joue de Pierre, signe qu’il reconnaissait les siens jusqu’à la toute fin.
Un auteur passionné d’histoire
Avec cette biographie, Luc Bertrand poursuit son exploration des figures marquantes. Qu’il s’agisse de son travail sur Claude-Henri Grignon, de ses recherches sur les Kennedy (un sujet qu’il affectionne particulièrement pour leur engagement envers les démunis) ou de son livre sur le général québécois Alain Forand, l’auteur cherche toujours le rapport humain derrière les grands noms.
Que penserait Pierre de son livre? « J’espère qu’il serait content s’il lisait mon livre. C’est un portrait honnête, avec l’approbation de sa famille », conclut-il.
Lire la recension de Royal Du Perron

































































