Assister à un récital de Fazıl Say, c’est accepter de voir ses certitudes bousculées. Hier soir, le pianiste et compositeur turc, véritable force de la nature du piano contemporain, a offert une performance où la rigueur baroque a rencontré la fougue du XXIe siècle. Un moment de grâce, de virtuosité pure et d’humanité!
S’attaquer aux Variations Goldberg de J.S. Bach après les géants du passé est un défi colossal. Pourtant, Say s’approprie ce monument avec une aisance déconcertante. Fidèle à son enregistrement de 2022 chez Warner Classics, il sculpte chaque variation avec une précision horlogère, tout en y insufflant une vie presque théâtrale.
On y retrouve ce mélange unique de retenue spirituelle dans l’Aria et d’élans rythmiques jubilatoires dans les variations les plus complexes. Bach n’est plus une pièce de musée, mais un dialogue vibrant et actuel.
L’envoûtement de Black Earth
La seconde partie du programme a prouvé, s’il en était encore besoin, que Fazıl Say est un artiste-passerelle indispensable. En interprétant ses propres œuvres, il a transformé le piano en un orchestre de couleurs et d’émotions.
Si le programme de Fazıl Say est un voyage, Black Earth en est assurément le cœur battant. Inspirée par une chanson populaire d’Aşık Veysel, grande figure de la poésie turque, cette œuvre dépasse le cadre du simple hommage pour devenir une expérience sensorielle totale.
Cette pièce a été le sommet émotionnel de la soirée. Say y utilise l’intérieur du piano pour créer des sonorités de luth traditionnel, un moment suspendu d’une beauté saisissante.

Le bouquet final avec Paganini Jazz
Si Black Earth nous a plongés dans les racines de la terre, Paganini Jazz (op. 5c) a littéralement soulevé la salle. Avec cette pièce, Fazıl Say s’amuse, provoque et séduit, transformant le célèbre 24e Caprice de Niccolò Paganini en un terrain de jeu effréné.
De la profondeur de la Sonate Yeni hayat à l’humour décapant de Paganini Jazz, il a démontré une maîtrise totale des styles. Ses Summertime Variations ont apporté cette touche de lumière et de liberté jazz qui font sa signature.
Fazıl Say ne joue pas seulement du piano, il le fait chanter, percuter et rêver. Un concert magistral qui restera gravé dans les mémoires comme une preuve que la musique classique est plus vivante que jamais!
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Voir la programmation de la Salle Bourgie.



























































