C’est un monument de l’opéra qui s’apprête à résonner sous la voûte de la Maison symphonique. Pour clore sa saison en beauté, l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes (OPCM) s’attaque au dernier chef-d’œuvre inachevé de Puccini : Turandot.
Entre mystère, cruauté et l’inoubliable émotion du « Nessun Dorma », ce concert s’annonce comme l’un des rendez-vous incontournables du printemps! Francis Choinière, chef d’orchestre visionnaire et cofondateur de l’OPCM, est avec nous pour discuter des défis de cette production colossale.
Jacqueline : Bonjour Francis, merci beaucoup de nous accorder ce moment sur Zoom. J’aimerais savoir : quelle a été l’inspiration derrière ce concert ? On parle bien de Turandot, n’est-ce pas ?
Francis Choinière : Oui, tout à fait, Turandot. En fait, depuis trois ans, nous intégrons l’opéra à nos saisons. Nous avons commencé par La Bohème de Puccini, puis Carmen. Mais ce que nous recherchions vraiment, c’était une œuvre qui mette véritablement le chœur en valeur. À l’OPCM, nous avons un chœur exceptionnel, et Turandot est l’une des œuvres où il est le plus sollicité.
On y trouve des inspirations variées, il y a presque un air de Carmina Burana — non pas que Puccini ait été influencé par Orff, puisque c’est arrivé après lui — mais c’est une œuvre monumentale. Les interventions chorales y sont beaucoup plus développées que dans d’autres opéras où elles sont plus accessoires ; ici, elles participent activement à l’émotion.
C’est aussi un opéra que l’on voit rarement. Je ne savais pas trop à quand remontait la dernière production à Montréal, et nous voulions être les premiers à le proposer. Finalement, l’Opéra de Montréal a annoncé le mois dernier qu’ils ouvriraient leur saison avec Turandot également. Il y a clairement un engouement ! C’est une œuvre magnifique : tout le monde connaît « Nessun Dorma », mais il y a tellement plus, comme les airs de Liù ou le trio de Ping, Pang et Pong qui apporte une touche plus comique.
Jacqueline : Je vous ai déjà vu diriger l’orchestre et le chœur, et je suis toujours impressionnée. Comment arrivez-vous à maintenir cette énergie avec environ 80 artistes sur scène ? Pouvez-vous m’expliquer, pour l’amateure de musique que je suis, comment se déroulent les répétitions ?
Francis Choinière : Le chœur commence à répéter environ trois mois avant le spectacle. Nous avons une centaine de choristes. Pour l’orchestre, cela dépend du programme, mais pour Turandot, nous avons 85 musiciens sur scène. Les répétitions orchestrales sont beaucoup plus condensées : elles ont lieu la semaine même du concert, à raison de 10 à 13 heures par semaine.
Juste avant d’intégrer l’orchestre, nous passons quelques jours uniquement avec les solistes pour bien placer l’œuvre. Enfin, les trois derniers jours, nous réunissons tout le monde. Nous faisons au moins deux répétitions d’ensemble pour s’habituer à jouer ensemble, puis la générale à la Maison symphonique pour apprivoiser l’espace.
Jacqueline : Récemment, j’étais à une répétition de Carmen à l’Opéra de Montréal et je me demandais si l’opéra a encore un avenir à l’ère des réseaux sociaux, de TikTok et de notre capacité d’attention de plus en plus courte ?
Francis Choinière : C’est vrai que les opéras sont longs et qu’il est parfois difficile de s’habituer à un rythme plus lent. Mais en même temps, je pense que les gens cherchent justement à déconnecter. On sent un désir croissant de s’éloigner des écrans et des téléphones.
Le vrai défi de l’opéra est financier. C’est la forme d’art musical la plus coûteuse : il y a l’orchestre, le chœur, les solistes, mais aussi les décors, les costumes, les éclairages. Pour une version concert comme la nôtre, les coûts sont plus maîtrisés, mais une production complète demande un ou deux mois de répétitions.
La survie de l’opéra dépend vraiment du financement gouvernemental et des donateurs. Ce n’est pas quelque chose qui peut s’autofinancer uniquement par la vente de billets, même si nous essayons de garder des places très abordables pour que le public puisse en profiter.
Jacqueline : Une dernière question : quel est votre rêve pour la suite ? Y a-t-il une œuvre que vous n’avez pas encore dirigée, ou avez-vous simplement envie de prendre votre retraite sur une île tropicale ?
Francis Choinière : (Rires) C’est dur à dire. Chaque année, je coche des œuvres sur ma liste, mais mon souhait est surtout de diriger ces chefs-d’œuvre plusieurs fois. C’est là qu’on apporte une véritable expertise. On apprend et on découvre de nouvelles choses à chaque fois que l’on revisite une partition. Les chefs d’orchestre ne s’arrêtent jamais vraiment ; ils montent sur le podium jusqu’à 90 ans, portés par leur bagage historique et leur connaissance approfondie des œuvres.
Pour l’instant, mon prochain grand défi est déjà fixé pour la saison prochaine : je vais m’attaquer à La Traviata.
Jacqueline : C’est fantastique. Je serai au concert, j’ai très hâte de vivre cela. Merci beaucoup pour votre temps et bonnes répétitions !
Francis Choinière : Merci beaucoup à vous !
Pour assister à cet événement qui s’annonce grandiose, voici les informations pratiques pour planifier votre visite à la Maison symphonique de Montréal :
Dates et horaires des représentations
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Samedi 9 mai 2026 à 19 h 30
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Dimanche 10 mai 2026 à 15 h 00
Lieu
Maison symphonique de Montréal 1600, rue Saint-Urbain (Place des Arts) Montréal, QC H2X 0S1
Billetterie
Vous pouvez vous procurer des billets de deux façons :
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En ligne : Via le site officiel de l’OPCM (opcm.ca) ou sur le portail de la Place des Arts.
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Par téléphone : En contactant la billetterie de la Place des Arts au 514 842-2112.
À noter : Le concert est présenté en version concert, ce qui signifie que l’accent est mis sur la puissance de l’orchestre, du chœur et des solistes. C’est l’occasion idéale d’entendre la richesse de la partition de Puccini dans l’une des salles à l’acoustique la plus réputée au monde.

























































