Parmi les propositions frontales de la 20e édition du Festival TransAmériques (FTA), le passage de l’artiste brésilienne Jéssica Teixeira marque un point de bascule mémorable, transformant le plateau de Espace Libre en un laboratoire de vérité où le corps devient l’ultime territoire de résistance.
Dans un fracas de punk, de paillettes et de nudité crue, Jéssica Teixeira érige sur scène en monument de résistance. Avec MONGA, elle livre une performance transgressive, à la frontière du concert live, du cabinet de curiosités et de la séance de psychanalyse sauvage. Un choc esthétique et politique qui nous force à regarder l’irregardable.

L’Ombre de Julia Pastrana
Le spectacle tire sa sève de l’histoire tragique de Julia Pastrana, cette femme mexicaine du XIXe siècle exploitée comme « femme-singe » dans les Freak Shows. Si Pastrana a vécu 26 ans sous le joug de la cruauté humaine, son calvaire en a duré 153 de plus, son corps embaumé ayant été exhibé à travers le monde par pur mercantilisme sensationnaliste.
Teixeira raconte ce destin : elle le venge. En entrelaçant son propre corps aux archives de la douleur de Pastrana, elle crée un court-circuit temporel et géopolitique. Elle interroge : « À quel moment nos imaginaires ont-ils été castrés ? »
Une esthétique de la confrontation
La mise en scène est un pari risqué sur l’impudeur. Sous l’éclat duel d’une boule à facettes disco et d’un anneau lumineux (ring light) implacable, Teixeira s’offre au regard, nue et souveraine. Elle ne cherche pas la pitié ; elle cherche la collision.
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L’inversion du regard : Dans une démarche de « horreur psychologique », l’actrice retourne les yeux du public contre lui-même. C’est nous, spectateurs, qui finissons par nous sentir mis à nu, dépouillés de nos certitudes sociales.
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L’humour comme arme : Entre deux envolées punk et des doses de cachaça partagées avec les plus courageux, l’humour noir et les rires nerveux ponctuent la pièce, désamorçant le tragique pour mieux laisser place à une humanité brute.
Pourquoi c’est un chef-d’œuvre de nécessité
MONGA est une œuvre qui « rebelle le réel ». En assumant sa condition d’étrangère au monde, Teixeira finit par se naturaliser sur scène. Elle transforme l’aliénation en une liberté sauvage et indisciplinée. La pièce réussit le tour de force d’être à la fois brutale et d’une infinie tendresse, créant une empathie profonde pour ces vies marginalisées que la société tente désespérément de « lisser ».
Jéssica Teixeira signe une performance radicale qui dénoue les nœuds de nos préjugés. Une claque nécessaire!
https://fta.ca/fr/programme/monga
Photos : Ines Costa































































