Anne-Marie Cadieux est au sommet de son art dans son rôle de riche créatrice de mode, au milieu de la quarantaine, qui tombe en amour avec Karin, une femme qui a la moitié de son âge. Cette dernière, incarnée par Sophie Cadieux, est mariée, mais ira quand même habiter quelques mois chez Petra qui tente de lui tailler une place dans le monde des mannequins. La vie de luxe ne retiendra toutefois pas éternellement l’invitée qui finira par retourner vers son mari. Petra s’en trouvera férocement blessée et crachera au visage de Karin. Passion, colère, désespoir, glamour et paillettes; bienvenue dans l’univers trouble de l’Allemand Rainer Werner Fassbinder (1945-1982).

Sophie Cadieux s’acquitte bien de son rôle, mais son personnage paraît plutôt tiède aux côtés de sa partenaire. En effet, le désespoir de l’amoureuse éconduite est exprimé avec une force telle qu’Anne-Marie devient Petra, folle d’amour, étouffant dans sa solitude et furieuse! Elle démolira d’ailleurs des éléments du décor, en plus de s’en prendre aux autres personnages de cette distribution entièrement féminine, dont sa mère (Patricia Nolin), sa propre fille (Marianne Dansereau) et son amie (Florence Blain Mbaye) qui lui a présenté Karin. Toutes les trois sont convaincantes et la mise en scène de Félix-Antoine Boutin aide chaque comédienne à faire ressortir ses gammes d’émotions dans cette partition orageuse.

Crédit photo : Guillaume Langlois
Désabusée, Petra est aussi capable de cruauté, notamment, envers sa bonne qu’elle traite comme une moins que rien. Lise Castonguay est franchement bouleversante dans ce rôle silencieux. Enfin, pas étonnant que l’action se déroule dans un décor où le rouge prédomine, tant les émotions de la principale intéressée sont à vif.
Les poids et les mesures
Cela dit, ce texte comporte des réflexions sur les hommes qu’on ne tolérerait pas si on disait l’équivalent au sujet des femmes. Par exemple, Petra nous parle de tout le mépris qu’elle a pour les hommes en général et surtout pour son ex-mari, en ajoutant qu’«il puait comme seuls les hommes savent puer». Son amoureuse, elle, s’offre une escapade nocturne avec «un grand homme noir, avec une grosse graine noire». Et dire que la directrice du théâtre est venue saluer le public, en début de soirée, en affirmant que nous allions trouver ces femmes merveilleuses et fascinantes. Imaginez un directeur de théâtre qui viendrait cautionner les propos d’acteurs dénigrant ainsi la gent féminine ! Pas sûr, non plus, qu’on serait aussi enthousiaste devant un personnage masculin dans la quarantaine qui profiterait de sa richesse et de son pouvoir pour séduire une femme ayant à peine la moitié de son âge.
Cela dit, Anne-Marie Cadieux est la femme de la situation et sa prestation vaut le détour. En plus, elle est bien entourée dans cette pièce forte qui scrute l’âme humaine sans ménagement.
Les larmes amères de Petra von Kant
Texte : Rainer Werner Fassbinder
Traduction : Frank Weigand
Adaptation : Gabriel Plante
Mise en scène : Félix-Antoine Boutin
Avec : Florence Blain Mbaye, Anne-Marie Cadieux, Sophie Cadieux, Lise Castonguay, Marianne Dansereau, Patricia Nolin.
Au Théâtre Prospero, jusqu’au 6 avril




























































