Pour son premier roman aux éditions Alire, mais qui est en fait le quatrième livre qu’il signe, Cédric Ferrand nous amène, avec Mon Almérique à moi, dans l’univers de Jess et sa famille bien particulière. Si vous prenez le pari d’embarquer dans sa folie du surnaturel et de fantastique, vous passerez un excellent moment avec la plume étoffée, colorée et remplie d’humour de Cédric Ferrand.
Résumé : «C’est rien qu’une anomalie locale, Jess. Ils ont pas ça à New York ni à Paris. Y’a qu’ici que ça se passe de même. Il y a comme un défaut dans le palpable, et nous autres, on peut exploiter cette défaillance du vrai. Ça paraît ben extraordinaire, mais c’est très terre-à-terre, quand on y pense comme il faut. Moi j’appelle ça du montréalisme magique.» Ainsi parlait Almérique, mon grand-père, le père de mon père. C’est par lui que tout a commencé à déraper, mon histoire comme, peut-être, la vôtre aussi si vous habitez Montréal, voire le Québec tout entier. Parce qu’il en menait large, Almérique, même s’il a toujours gardé profil bas, ce qui faisait l’affaire de ceux qui le connaissaient comme le meilleur homme pour faire arriver les choses, comme on disait autrefois. Si je vous dis ça, c’est parce que je connais bien le pouvoir d’Almérique puisque j’en ai hérité. Mais contrairement à mon grand-père, qui a été jusqu’à inventer ma grand-mère Rita, je ne tiens pas tant que ça à traficoter le réel – enfin, juste ce qu’il faut pour vivre ma petite vie tranquille et bien ordinaire. Or, ce n’est pas facile de passer inaperçu quand on est de la lignée d’Almérique, et c’est de ça dont je veux vous parler…
Jess est une personne complexe, en partie à cause de sa perpétuelle oscillation de genre. Mais ceci n’est rien à comparer aux autres pouvoirs surnaturels et étranges exploits que peuvent accomplir les membres de sa famille particulière. Cela peut sembler ludique et farfelu par moment, mais si on adhère à la prémisse proposée, sans la questionner, ce roman est des plus captivant de par justement son étrangeté et du fait qu’on ne sait jamais où cette histoire nous mènera.
Avec des bases ancrées dans notre réalité actuelle, à Montréal, et avec plein de références historiques et politiques, cette histoire de fantasy et de surnaturel peut nous déstabiliser au départ. Mais le style d’écriture de Cédric Ferrand nous donne le goût de plonger dans cet univers. Le personnage de Jess utilise beaucoup l’humour comme mécanisme de défense rendant ce roman très drôle par moment. De plus, les anecdotes et exploits qui nous sont racontés sont surprenants et passionnants à suivre. Cédric est un véritable conteur qui sait captiver son auditoire. Lorsqu’ils se lancent dans le récit des aventures du grand-père de Jess ou des délits de son père, on est happé par ses histoires.
J’aime beaucoup la relation entre Jess et Benoite qui est simple, complice et remplie d’acceptation de l’autre dans toutes ses différences et ses couleurs. Ce couple mène une vie tranquille et remplie d’humour. Les jeux de mots foisonnent, surtout ceux en lien avec le travail de Benoite m’ont Stimulé Très Modérément, mais constamment. Ceux qui liront le livre pourront mieux comprendre l’humour de mon affirmation.
Dans le dernier chapitre, «apothéose hospitalière», qui porte bien son nom, tout déboule à une vitesse folle. Les liens manquants sont attachés. Les mystères sont résolus et surtout, on a droit à un dénouement très satisfaisant, alors que tout au long de notre lecture, on se questionne sur l’aboutissement de cet étrange récit.
La plume colorée et cynique de l’auteur, agrémentée de son humour parfois grinçant, m’a énormément plu. Je découvre Cédric Ferrand pour la première fois et c’est un coup de foudre littéraire pour cet auteur. Il va demeurer dans ma liste d’écrivains à explorer dans le futur.
Cédric Ferrand est né à Bourgoin-Jallieu, en Isère, tout comme Frédéric Dard et Jean-Pierre Andrevon. Du premier, il a épousé l’amour de la gouaille littéraire et des mots bien troussés, du second il a adopté l’imaginaire éclectique. Diplômé en rien, il a toujours grenouillé dans des emplois administratifs et se qualifie bien volontiers d’écrivain de bureau. Il travaille présentement à Radio-Canada. Adepte du jeu de rôle depuis trente ans, il a créé des univers de jeu et scénarisé de nombreuses aventures et/ou enquêtes. Ce n’est donc pas tout à fait par hasard si ses romans ont été adaptés en jeu (Wastburg) ou ont été inspirés par ses publications ludiques (Sovok). Après avoir écrit un roman pulp se déroulant à Montréal dans les années 30 (Et si le Diable le permet), il assume pleinement sa néo-québécité et rejoint les éditions Alire.
Illustration : Pascal Colpron
Date de parution : 4 mars 20201
Prix : 24,95 $
Nombre de pages : 236 pages
Éditions Alire https://www.alire.com/
Livres
- Wastburg. Roman. Les Moutons électriques (La bibliothèque voltaïque), 2011.
- Réédition Gallimard, Folio SF 452, 2013.
- Sovok. Roman. Les Moutons électriques (La bibliothèque voltaïque), 2015.
- Réédition Les Moutons électriques (Hélios 161), 2020.
- Et si le Diable le permet. Roman. Les Moutons électriques (Les saisons de l’étrange), 2017.
- Mon Almérique à moi. Roman. Lévis : Alire (GF 90), 2021.




























































