La chanson québécoise perd l’une de ses grandes voix. L’auteur-compositeur-interprète Jacques Michel est décédé le 5 mars 2026 à l’âge de 84 ans, après un combat de trois ans contre la maladie. Pendant plus de soixante ans, ses chansons ont accompagné la vie de générations de Québécois et de Québécoises, tissant un lien intime entre la musique, la mémoire et l’identité collective.
Né Jacques Rodrigue le 27 juin 1941 à Sainte-Agnès-de-Bellecombe, en Abitibi-Témiscamingue, l’artiste n’a jamais oublié ses racines nordiques. Cette région qu’il évoquait souvent, avec affection et fierté, a profondément marqué son imaginaire. Depuis plus de 30 ans, il vivait à Île d’Orléans, près du fleuve Saint-Laurent, un lieu paisible où il avait choisi de s’enraciner et où il s’est éteint entouré des siens.
Une plume féconde et une voix familière
Avec plus de 300 compositions à son actif, dont plus de 30 ont dominé les palmarès francophones entre 1965 et 2005, Jacques Michel a façonné une œuvre à la fois populaire et profondément humaine. Ses chansons, souvent empreintes de douceur et de réflexion, racontaient le quotidien, l’amour, les pertes et les espoirs d’un peuple.
Les années 1970 marquent l’un des sommets de sa carrière. Il remporte le Grand Prix du Festival de Spa avec Amène-toi chez-nous, puis le deuxième prix au Festival international de la chanson populaire de Tokyo grâce à Un nouveau jour va se lever. Les deux titres figurent sur l’album Citoyen d’Amérique, lancé en 1970, qui contribue à asseoir sa réputation sur la scène francophone.
Parmi ses chansons les plus marquantes, Pas besoin de frapper pour entrer s’impose rapidement comme un classique. La pièce sera intronisée au Panthéon des auteurs et des compositeurs canadiens et lui vaudra plusieurs distinctions de la SOCAN.
Mais derrière la carrière florissante se cachent aussi des épreuves personnelles. En 1975, à la suite du décès de sa jeune épouse Claire, Jacques Michel publie Migration, un album marqué par la douleur et la sensibilité.
Les années suivantes verront paraître plusieurs disques importants, dont Le temps d’aimer (1977), Le cœur plus chaud (1978) et Passage (1980). En 1982, l’album Maudit que j’m’aime confirme sa popularité avec les chansons Soleil Soleil et Happy Song.
Au fil du temps, son répertoire continue de vivre à travers d’autres interprètes. En 2001, Sylvain Cossette reprend Pas besoin de frapper sur l’album Rendez-vous. Deux ans plus tard, Wilfred LeBouthillier, gagnant de la première édition de Star Académie, redonne vie à Amène-toi chez nous. En 2019, Fred Pellerin en propose à son tour une version chaleureuse qui circule largement dans la francophonie.
Une pause musicale, puis un retour inspiré
Au milieu des années 1980, après avoir enregistré dix-sept albums, Jacques Michel met sa carrière musicale en veilleuse pour se consacrer à la télévision.
Avec Ève Déziel, il imagine deux émissions jeunesse qui marqueront toute une génération : Le Village de Nathalie et Sur la rue Tabaga. Pour la première, il cosigne les scénarios et compose près d’une centaine de chansons, dont le thème d’ouverture devenu un classique pour les enfants québécois.
Après plusieurs années loin des projecteurs musicaux, il effectue un retour remarqué en 2015 avec l’album Un nouveau jour, puis monte sur scène aux FrancoFolies de Montréal avant d’entreprendre une tournée chaleureusement accueillie.
En 2019 paraît Tenir, premier album de chansons originales en près de 35 ans. Malgré la pandémie, il parvient à présenter presque la totalité des 40 spectacles prévus.
À 83 ans, en 2024, il ose encore une première : un spectacle solo intitulé Seul à Seuls, présenté dans plusieurs régions du Québec. La tournée est interrompue à l’été 2025 en raison de la maladie. Son dernier spectacle a lieu le 26 juillet 2025 à Auberge de l’Île du Repos — une ultime rencontre avec son public.

Un artiste profondément engagé
Au-delà de la musique, Jacques Michel était aussi un artiste engagé, profondément attaché au Québec, à sa langue et à son identité.
En 2007, il est nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec. En 2018, il est désigné Patriote de l’année pour l’Abitibi-Témiscamingue et le nord du Québec, un hommage à ses racines.
La Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec lui remet en 2020 le prix Prix Sylvain-Lelièvre pour l’ensemble de sa carrière. Puis, le 19 mai 2025, le Rassemblement pour un Pays Souverain lui décerne le Prix Napoléon-Aubin pour souligner son engagement envers la langue française et la cause souverainiste.
Une œuvre appelée à durer
Avec sa voix douce, sa plume sensible et son regard profondément humain, Jacques Michel aura marqué la chanson québécoise d’une empreinte durable. Ses chansons, souvent empreintes de tendresse et d’espoir, continuent de résonner dans la mémoire collective.
Selon ses volontés, les funérailles se dérouleront dans la région de Québec au début du mois d’avril. Les détails seront annoncés ultérieurement.
Mais déjà, pour beaucoup, une chose est certaine : les chansons de Jacques Michel continueront longtemps d’accompagner les saisons du Québec.
Infos
Samedi prochain, le 7 mars à 21 h, ICI PREMIÈRE diffuse l’émission Si la tournée m’était contée, dans laquelle Jacques Michel confie des souvenirs de scènes et de tournées. Monique Giroux lui rendra hommage le dimanche 8 mars à 16 h, à son émission Chants libres à Monique, sur ICI MUSIQUE. Dès maintenant, des entrevues avec l’artiste et des témoignages sont en ligne sur Radio-Canada OHdio.



























































