Pour ses deux concerts montréalais de la tournée Got Back, Paul McCartney a livré une performance monumentale, traversant six décennies de succès avec une énergie qui défie le temps. Notre journaliste Jacqueline van de Geer revient sur une soirée inoubliable où la légende vivante a transformé le Centre Bell en un véritable hymne collectif.
J’ai eu l’immense privilège d’assister à l’un de ces moments qui marquent une vie : Paul McCartney, en chair, en os et en légende, au Centre Bell. Et pas pour une simple halte de tournée pour deux soirées d’affilée où Montréal a littéralement vibré au rythme de son « Got Back Tour ».
Dès qu’il est monté sur scène, quelque chose d’indéfinissable s’est produit. McCartney n’a pas seulement interprété ses chansons : il nous a happés dans un voyage intime à travers plus de six décennies de culture musicale, un voyage où chaque note semblait réveiller un souvenir enfoui.
À 83 ans, il dégage toujours cette énergie presque irréelle, ce mélange d’humilité et d’assurance qui n’appartient qu’aux artistes qui ont façonné l’histoire.
Pendant près de trois heures que j’ai vues défiler sans jamais regarder ma montre McCartney a enchaîné les trésors. Help! en ouverture, lancé avec une intensité surprenante, a instantanément rassemblé le public dans une complicité palpable.
Puis sont venus Drive My Car, Getting Better, et une rafale d’autres classiques des Beatles qui nous ont fait chanter, rire, frissonner.
À chaque changement d’instrument, je me surprenais à sourire : basse, guitare, piano, ukulélé, mandoline… Il maîtrise tout avec cette aisance généreuse, presque joyeuse.
Son groupe, fidèle et redoutablement efficace, forme une véritable muraille de talent. Rusty Anderson et Brian Ray aux guitares, Paul « Wix » Wickens aux claviers, Abe Laboriel Jr. à la batterie, un quatuor soudé, précis, et visiblement heureux d’être là.
Et comment ne pas mentionner les Hot City Horns, dont les cuivres ont propulsé la soirée à un niveau spectaculaire? À plusieurs moments, j’ai senti les vibrations traverser littéralement le plancher.
Puis est arrivé le grand chapitre Wings : Band on the Run, exaltant; Jet, flamboyant; Let Me Roll It, sensuel et rugueux; et un Live and Let Die explosif où lumières, fumée et pyrotechnie ont transformé la salle en immense pulsation lumineuse.
Même ses pièces solo, comme Maybe I’m Amazed, m’ont bouleversée par leur sincérité. Quant à Come On to Me, McCartney l’a servie avec un clin d’œil espiègle qui m’a rappelé que, derrière la légende, il y a encore un gamin passionné.
Et puis… Hey Jude.
Je crois que je n’oublierai jamais ce moment. Le Centre Bell entier est devenu une seule voix, un seul souffle, un seul cœur. Je chantais, tout le monde chantait, et McCartney dirigeait notre chœur géant avec cette joie lumineuse qui semblait le dépasser lui-même.
Le rappel a été aussi généreux que la soirée : un I’ve Got a Feeling vibrant, presque cathartique. Et toujours cette impression qu’il ne ralentira jamais, comme si la musique continuait de le porter, de le pousser à aller plus loin, encore.
Quelle chance incroyable j’ai eue.
Quelle soirée inoubliable.
Quel artiste.
























































