L’écrivain Thierry Pardo qui s’intéresse depuis longtemps à l’éducation en dehors du cadre de l’école, poursuit sa recherche d’«espaces de liberté» avec son nouveau livre Weedon ou la vie dans les bois. Ce libertaire né en France s’inspire, ici, de la pensée du philosophe naturaliste américain Henry David Thoreau, auteur de Walden ou la vie dans les bois. Pardo nous accorde une entrevue téléphonique, avant de repartir dans les bois, «à une heure de raquettes de la civilisation».
Loin des «outils qui enchaînent»
-Pourquoi vivre en retrait de la société, dans une maison sans électricité, où il faut fendre son bois pour se chauffer, récupérer l’eau de pluie, etc. ?
-Pardo rappelle que Thoreau (1817-1862) «…mettait au défi l’épopée industrielle de son temps et l’avènement des miracles autoproclamés de la machine à vapeur. Il montrait ainsi que la vie en forêt pouvait encore tenir tête à une modernité de rouages et de pistons. Partir aujourd’hui dans les bois relève du même type de marginalité. L’éloignement ne se compte plus en chevaux-vapeur mais en octets. Renoncer, ne serait-ce que pour quelques jours, à une vie numérique, représente une aventure périlleuse pour notre époque connectée».
Dans son chapitre sur «Les nouvelles sciences romantiques», Pardo ajoute qu’il faut faire la distinction entre l’outil qui libère et l’outil qui enchaîne. «Ainsi, le marteau nous sert, tandis que nous servons la machine du travail à la chaîne. Les sciences de l’indépendance se démarquent des outils faussement libérateurs, telle (sic) l’informatique qui nous assigne à une connexion, bien souvent à une chaise et en définitive nous dicte ses exigences.»
L’écrivain reconnaît toutefois qu’il travaille à l’ordinateur et que, compte tenu des limites des piles, il n’a pas écrit tout son livre dans les bois de Weedon. Même s’il n’y passe pas l’hiver, il affirme, néanmoins, que ce retour à la simplicité lui permet de reconstruire son autonomie.
«Chaque action quotidienne prend plus de temps, mais tisse une temporalité plus dense, remplie de gestes lents et précis… À la vérité, on en vient à se demander ce que l’on fait de tout ce temps urbain libéré par les boutons du chauffage, de la lumière, le robinet d’eau et la manette des toilettes. Tout ce temps gagné devait, devrait nous libérer du stress et c’est pourtant tout l’inverse qui se produit. En ville, la commodité des équipements accélère le rythme et voilà que bientôt, nous manquons de souffle. La ville nous impose sa folie. La forêt nous ramène à quelque chose de plus organique…»
Dans les bois en famille
Joint à Montréal, le 24 mars 2020, alors que le lancement de son livre devait officiellement avoir lieu le lendemain, l’artiste s’en retourne dans les bois avec sa conjointe et ses enfants âgés de 10 et 13 ans. «Ils adorent notre vie là-bas. Il faut dire que nous avons de l’espace, on ne se marche pas dessus et aussi nous avons une harmonie familiale plutôt mature.»
Au sujet de la COVID-19, Pardo dira que ça ne dérange pas sa vie. Selon lui, cette crise fait ressortir plusieurs paradoxes de notre époque; il souligne à ce sujet la décision des autorités françaises d’avoir laissé les bureaux de tabac ouverts.
Le temps : «l’or du siècle»
L’une des principales motivations de la vie dans les bois pour Pardo est de réapprendre à jouir pleinement de son temps, loin du rythme des villes, qu’il s’agisse de faire crépiter le poêle à bois, où de trinquer avec des amis venus «de loin pour célébrer avec nous l’immensité des bois».
«Dans ce monde agité, je pense que le vrai luxe, l’or du siècle, est dans une authentique jouissance du temps, de l’espace et du silence.» Une réflexion qui prend une résonance singulière, en cette période d’arrêt forcé pour notre monde.
Weedon ou la vie dans les bois
Thierry Pardo
Les éditions du passage, 2020
(88 pages, incluant la reproduction d’une aquarelle de l’auteur)




























































